Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 14:10

SECOND RESULTAT SUR LE PORT DU  TROISIEME COLLIER EXPERIMENTAL

 

Paulette Pauc *

 

Résumé :

 

Le troisième collier expérimental, réalisé avec 74 éléments enfilés sur une fine cordelette en lin compatible avec la période Chalcolithique a été publié une première fois en 2009. L’assemblage est constitué de coquillages sub-fossiles tyrrhéniens et actuels, de pendeloques à ailettes en calcaire métamorphique et de noyaux de Prunus spinosa. Les marques d’utilisation sont notées au niveau des lumières, des zones de contact entre les éléments et sur le lien de suspension à divers degrés.

 

Abstract :

The third experimental necklace, made ​​with 74 elements strung on a fine linen cord compatible with the Chalcolithic period was first published in 2009. The assembly consists of sub-fossil shells and Tyrrhenian current, pendants finned metamorphic limestone cores and Prunus spinosa. The wear are noted at the lights, contact zones between the elements and string suspension to varying degrees.

 

INTRODUCTION

 

Le troisième collier expérimental (fig.1), initialement confectionné en 2007 puis remanié, est composé de 74 éléments dont la répartition des catégories a été établie de manière tout à fait improvisée (Pauc, 2009). Cet assemblage est notamment constitué de coquillages marins sub-fossiles prélevés dans le paléorivage Tyrrhénien (regroupant les anciens Eutyrrhénien et Néotyrrhénien des auteurs) (Kéraudren, Dalongeville, Bernier et al. 2000,187-188) : une période chaude du Quaternaire moyen qui se situait, au maximum de son élévation marine en Méditerranée, autour de 129 ka (Yokoyama, Nguyen, Shen et al. 1987, 154 ; Ambert, André, Boutié et al. 1993, 62) ou plus récemment au sous-stade isotopique 5.5 soit 125 ka (Kéraudren, Dalongeville, Bernier et al. 2000, 179).

Les dépôts coquilliers tyrrhéniens du littoral audois permettent de collecter de nombreuses espèces et variétés ayant vécu dans un milieu à fond sableux ou sur un substrat rocheux  entre 3 et 6 mètres d’altitude (représentation du stade isotopique 5). L’espèce dominante est le Cerastoderma glaucum, qui a pour nom vernaculaire « Coque glauque », appelée indûment Cardium d’où le surnom de « plage à Cardium ». L’on trouve également Cerithium vulgatum, Hexaplex trunculus, Monodonta turbinata et Nassa reticulata, couramment utilisés au cours de la Préhistoire, qui montrent une conservation différentielle. Les coquilles de Columbella rustica et Conus mediterraneus, différemment conservées, sont absentes des niveaux audois. Elles ont été collectées sur une plage actuelle de la côte rocheuse des Pyrénées-Orientales. Les tubes de Dentalium sp. lisses et à côtes, les coquilles de Trivia monacha, ainsi qu’un fragment de coquille d’Acanthocardia tuberculata roulé par l’action marine viennent de la plage du Môle au Cap d’Agde dans l’Hérault.

Des noyaux de Prunus spinosa, fruits du Prunellier sauvage, et des pendeloques à ailettes façonnées à partir de gravillons de marbre complètent la malacofaune marine.

Le lien de suspension a été réalisé à partir de filasse de lin achetée en magasin de bricolage. Cette fibre brute est destinée à colmater les joints en plomberie. La quantité de fils nécessaire a été très facile à prélever pour faire une cordelette à deux brins du diamètre et de la longueur voulus.

 

1/ LES COQUILLAGES SUB-FOSSILES ET RESULTATS DU PORT PROLONGE

 

Cerastoderma glaucum :

- Une valve a été perforée au sommet par abrasion sur une meule-polissoir en grès. L’orifice a été agrandi avec une pointe en silex pour obtenir une lumière régulière et une bordure nette. Cette perforation n’a pas changé de forme.

- Quinze rondelles d’enfilage de différents diamètres ont été réalisées avec des fragments de valves de diverses épaisseurs à partir des études archéologiques et des premières expérimentations (Pauc 1997, 9-54 ; Pauc 2000, 23-28 ; Pauc, Bohic, Fauré 2004, 69-76). On note un poli localisé sur les faces des rondelles d’enfilage qui se traduit par des luisances sur les reliefs. Toutes les tranches ont été calibrées perpendiculairement à l’épaisseur. Aucun orifice n’a subi de transformation. Le contour d’une seule rondelle présente une légère déformation visible à l’œil nu (fig. 2).

Hexaplex trunculus : Sur les six exemplaires, l’un a été cassé par l’action marine et ne conservait qu’une partie de la dernière spire et l’ouverture naturelle intacte puis un autre était un spécimen juvénile au test très fin. Trois présentent un poli brillant particulier sur la surface abrasée avant perforation à la pointe.

Cerithium sp. : Sur les cinq coquilles, une était roulée et une autre était trouée à l’opposé de l’ouverture, sur la partie en relief de la dernière spire, par l’action marine. Aucune déformation de l’orifice n’est notable. Sur deux d’entre eux, la zone d’abrasion étendue offre un poli très brillant sans doute accentuée par le frottement avec l’élément voisin.

Monodonta turbinata : Sur les quatre exemplaires l’un d’entre eux était cassé par l’action marine et ne conservait que la dernière spire éventrée avec son ouverture naturelle.   

Nassa sp. : Sur les quatre coquilles, deux avait perdu leurs toutes premières spires et une autre n’était représentée que par la dernière spire largement endommagée, par l’action marine, à l’opposé de l’ouverture naturelle. Une seule offre une modification de la bordure de l’orifice artificiel sous forme d’encoches dans le test (fig. 3).

 

Les gastéropodes accusent des usures localisées autour de l’ouverture naturelle en contact avec le lien de suspension. Cette légère abrasion superficielle fait apparaître la couleur blanche et brillante sous la surface du test dépigmenté qui est beige à blanchâtre.

 

2 / LES COQUILLAGES ACTUELS ET RESULTATS DU PORT PROLONGE

 

Columbella rustica : Sur les 6 exemplaires, deux spécimens on subi des ouvertures provoquées par l’action marine. L’une n’étant qu’un petit trou dans la paroi de la dernière spire et l’autre une importante fracture de la dernière spire. Deux autres spécimens, cassés jusqu’à l’avant dernier tour de spire, par l’action marine, ont fait l’objet d’une perforation de la columelle avec une pointe en silex afin de faciliter le passage du lien dans le sens vertical. Une coquille de Columbella rustica, très dégradée au niveau de la dernière spire par l’action marine, a subi le frottement du lien de suspension qui avait formé une petite encoche sur la bordure de la paroi ; cette usure n’a pas évolué par la suite.

 Trois types d’enfilage ont été réalisés avec ces gastéropodes, mais ils n’offrent aucune déformation. L’utilisation de coquilles de Columbella rustica tyrrhéniennes aurait probablement eu une incidence suivant leur degré de conservation.

Conus mediterraneus : Les 6 exemplaires ont subi une usure de l’apex par l’action marine qui a ainsi créé une ouverture sommitale. L’un d’entre eux a été fracturé de part et d’autre de l’ouverture naturelle en perdant une partie de sa dernière spire et les enroulements de la columelle sauf celui qui se trouvait au sommet. La bordure des cassures est lisse. Principalement enfilé dans le sens axial, le plus logique, sans aucune intervention anthropique quelconque pour agrandir les orifices sommitaux, un seul l’a été à l’opposé de l’ouverture naturelle à travers un trou effectué par un lithophage.

Dentalium sp. : Les 6 tronçons de coquilles lisses et à côte sont directement utilisables. Des spécimens fossiles du Miocène, Pliocène ou du Tyrrhénien auraient pu être utilisés. Le port prolongé aurait probablement eu une incidence sur les tests.

Trivia monacha : Les trois spécimens ont subi une perforation anthropique suivant trois modes d’enfilage. Une expérimentation avec des coquilles de Trivia du Miocène aurait probablement eu une incidence sur le port prolongé. 

 

Les gastéropodes, sub-fossiles ou actuels, qui n’ont pas subi de dommage par l’action marine, ont été perforés en pratiquant une abrasion localisée, de la structure externe, généralement à l’opposé de leur ouverture naturelle, avant de trouer le test, de la structure interne, avec une pointe en silex. Cette manière d’opérer en deux temps est obligatoire si l’on veut obtenir un orifice similaire aux éléments archéologiques. A l’échelle microscopique, la coquille montre une couche fibreuse externe ornementée et une couche entrecroisée interne uniforme, en section transversale. Suivant l’épaisseur du test et son degré de dissolution superficielle, la pointe en silex ne pourra traverser directement la paroi.

 

3/ LES PENDELOQUES A AILETTES ET RESULTATS DU PORT PROLONGE

 

Trois types de pendeloques à ailettes sont issues d’une série réalisée dans le cadre d’une expérimentation déjà publiée (Pauc, Moinat, Reinhard 2005, 43-52 ; Pauc 2006, 315-321). Ce nouveau port prolongé permet d’observer un zone de luisance, de part et d’autre de l’appendice de suspension et / ou des épaulements, causée par le frottement du lien  (fig. 4).

 

4/ LES NOYAUX DE PRUNELLES ET RESULTATS DU PORT PROLONGE

 

L’arbuste Prunus spinosa produit des prunelles dont les noyaux ont servi a faire des perles au Néolithique (Schlichtherle 1988, 201-203 ). La matière périssable ne s’est conservée qu’en contexte lacustre, à l’abri de l’oxygène. Les onze perles ont été obtenues en abrasant les flancs pour amincir l’épaisseur de la coque avant de les trouer avec une pointe en silex. Les couleurs étaient beige naturel. Suite au premier port prolongé, les noyaux de Prunus offrent un poli très brillant au niveau des surfaces abrasées autour des orifices. Leur teinte a foncé pour prendre la couleur marron et l’aspect du bois ciré.

Un seul présente une encoche au bord de l’orifice au bout de la deuxième phase du port prolongé (fig. 5 ).

 

5/ LA CORDELETTE ET RESULTATS DU PORT PROLONGE

 

Le lien de suspension a été réalisé en lin car cette plante est bien représentée au Chalcolithique. L’analyse des fibres d’un vêtement en atteste l’emploi (Ayala 1987, 11, 15 fig.5, 16, 23 lám. IV).

 J’ai confectionné la cordelette à deux brins en S-2Z (fig. 6-a) selon la méthode de Jacques Reinhard (Reinhard 1997, 21). Ce moyen a permis d’avoir un lien de la grosseur et de la longueur souhaitées. Certains raccords de fibres sont plus volumineux que le diamètre courant.  La ficelle était de 0,72 mm minimum à 0,96 mm au niveau de quelques raccords. Le diamètre maximum a laissé largement passer les éléments de parure aux plus petits orifices. Une fois les éléments de parure enfilés, j’ai limité la longueur du collier à 60 cm en laissant pendre une longueur excédentaire de ficelle de 5 cm et 31 cm de part et d’autre du nœud. Cet excédent pourra servir à réparer le lien de suspension en cas de rupture à l’usure. Les éléments de parure occupent 48 cm de la longueur du lien. Les 12 cm de ficelle restant se positionnent sur l’arrière du cou directement en contact avec la peau.

Les premiers résultats d’usure par le port prolongé offraient une très légère rupture des fibres superficielles au milieu des torsions sur la longueur directement en contact avec la peau. Un type d’usure qui n’a guère évolué lors de la seconde étape du port prolongé (fig. 6-b). Au niveau des premières parures de petite taille de type Conus, dentales, et pendeloques à ailettes, la rupture des fibres superficielles était plus notable  : les fibres cassées se dressaient de part et d’autre de chaque torsion. A la suite du port prolongé suivant les fibres superficielles sous-jacente se sont légèrement brisées à leur tour (fig. 6-c).

 Les coquillages suivants, sub-fossiles, avaient davantage encore sectionné les fibres superficielles qui sont devenues touffues et ébouriffées de part et d’autre des torsions. Cet aspect de détérioration de fibres est apparut dans l’orifice d’une perle en cuivre de la grotte d’Enlène (Montesquieu-Avantès, Ariège) (Rouquerol 2004, 78, fig.67, n°21 et n° 23 x5,4). Cela amincit le profil des torsions qui sont devenues allongées. En suivant, les quelques coquillages actuels qui ne coulissent guère n’ont occasionné que très peu de ruptures des fibres superficielles Sur la dernière grande ligne essentiellement ornée de coquillages subfossiles, on retrouvait une rupture assez importante des fibres superficielles et des torsions au profil étiré qui s’est accentuée lors du nouveau port prolongé. Le choix s’est porté sur 5 stades, dont 4 vues montrant des ruptures de fibres superficielles (fig.6) avec des torsions très étirées (fig. 6-d) ou impossible à déterminer (fig. 6-e).

 

CONCLUSION

Le premier port prolongé a duré 1 mois, temps imparti entre la réalisation du collier et la rédaction des résultats pour la publication sortie le jour du congrès (Pauc 2009).  La poursuite du port expérimental n’a duré que 4 mois, occasionnellement, en 2011 à cause d’une activité limitée suite à une fracture en 2009. Le port a eu lieu les jours d’activité les plus intenses en des lieux adéquats pour éviter une pollution en cas de rupture du lien de suspension et de perte d’éléments fossiles identiques à ceux des sites archéologiques présents autour de mon lieu de vie. 

Le port du collier continuera jusqu’à la rupture du lien de suspension. Cette troisième étape fera l’objet d’une publication.

 

BIBLIOGRAPHIE

 

AMBERT P., ANDRE J., BOUTIE P. et al. 1993, Corbières littorales, complexe scientifique de Tautavel, Livret guide de l'excursion 1993 en Languedoc de l'association française pour l'étude du Quaternaire, Aix-en-Provence, Études de Géographie physique, Suppl. au n° XXII, 59-65.

 

AYALA JUAN M. M. 1987, Enterramientos calcolíticos de la Sierra de la Tercia. Lorca, Murcia. Estudio preliminar, Ayala Juan M. M. (dir.), Anales de Prehistoria y Arqueología, 3, Secretario de Publicaciones - Universidad de Murcia, 9-24.

 

KERAUDREN B., DALONGEVILLE R., BERNIER P. et al. 2000, Le Pléistocène supérieur marin (Tyrrhénien) en Crète nord-orientale (Grèce) / The Marine Upper Pleistocene (Tyrrhenian) in north-eastern Crete (Greece). In : Géomorphologie : relief, processus, environnement. Juillet-septembre, vol. 6, n° 3, 177-190.

 

PAUC P.1997, Reproduction de perles circulaires réalisées en test de Cerastoderma edule, Journées d'Archéologie Expérimentale du Parc de Beynac (Dordogne, F.) 1996-1997, Ch. Chevillot (dir.), Bilan n° 1, 7-66.

 

PAUC P. 2000, Activité de fabrication protohistorique de parures en coquillages marins. Bulletin de la Société d'Études Scientifiques de l'Aude, t. CC, 23-28.

 

PAUC P. 2006, Conception expérimentale de la pendeloque à ailettes globulaires à partir d’une typologie évolutive, Hommes et Passé des Causses, Colloque de Millau 2005 Hommage à Georges Costantini, Textes réunis par Jean Gascó, François Leyge et Philippe Gruat, Centre d’Anthropologie – Millau,  Archives d’Ecologie Préhistorique Toulouse, 315-321.

 

PAUC P. 2009, Présentation du troisième ensemble expérimental de parure préhistorique. Langage de pierre, La restitution du geste en préhistoire, Colloque européen, sous la direction de B. Roussel, P-J Texier, C. Dumas, Ed Musée des Baux, Maison Cazenave, 36-39.

 

PAUC P. avec la collaboration de BOHIC D., FAURE Ph. 2004, Brève typologie de l'outillage lithique inhérent à la fabrication de parures protohistoriques en coquillages et les sources de matières, Bulletin de la Société d'Études Scientifiques de l'Aude, t. CIV, 69-76.

 

PAUC P., MOINAT P., REINARD J. 2005, Description de la fabrication expérimentale du grain d’enfilage en akène de Lithospermum de type 2 et de la pendeloque à ailettes globulaires. R. Tichy (SEA) & R. Paardekooper (EXARC) (dir.), euroREA 2, Society for Experimental Archaeology Hradec Králové, Czech Republic and EXARC, 40-54.

 

REINHARD J. 1997, Faire une cordelette à deux brins, ARKEO junior N° 34, Éditions Faton, p. 21.

 

ROUQUEROL N. 2004, Du Néolithique à l'Age du bronze dans les Pyrénées centrales française, Archives d'Ecologie Préhistorique n°16, Toulouse,  1-191.

 

SCHLICHTHERLE H. 1988, Neolithische Schmuckperlen aus Samen und Fruchtsteinen in : Hansjörg Küster (ed), Der prähistorische Mensch und seins Umwelt : Festschrift für Udelgard Körber-Grohne zum 65, Geburtstag / Landesdenkmalamt Baden Württemberg. Forschungen und Berichte zur Vor-und Frühgeschichte in Baden-Württemberg, 31, Stuttgart, 199-203.

 

YOKOYAMA Y., NGUYEN H.-V., SHEN G., et al 1987, Datation par les méthodes des familles de l'uranium et la résonance de spin électronique (ESR) du remplissage de la grotte des Ramandils à Port-la-Nouvelle (Aude, France), Cypcela VI, Girona, 151-154.

 

PAUC P. 2011b :

Second résultat sur le port du Troisième collier expérimental. Poster présenté au 3er Congreso Internacional de Arqueología Banyoles (Girona) 17, 18, 19 octubre 2011 (soumis à publication). 

Partager cet article

Repost 0

commentaires