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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 09:56

PROBLEMATIQUES DES SYSTEMES D’ENFILAGE DES COQUILLES DE COLUMBELLA RUSTICA ET DE TRIVIA EUROPEA 

 

Paulette Pauc, Alexandre Pauc 

 

Résumé

 

Cette note aborde les problèmes rencontrés au niveau des systèmes d’enfilage des coquilles de Columbella rustica et de Trivia europea en archéologie. Les expérimentations n’ont pu s’appliquer que sur des coquillages actuels.

 

Introduction

 

Les systèmes d’enfilage des coquilles de Columbella rustica et Trivia europea sont expliqués, habituellement, à partir de théories mises en applications au moyen de dessins.

Le canton du Valais, en Suisse, détient le record du nombre de coquilles de Columbella rustica enfilées seules ou associées à des tests de Glycymeris roulés par l’action marine, en colliers « reconstitués ». Les colombelles déposées dans le Musée cantonal de Sion proviennent des sépultures de Sion, Grimisuat et Ayent ; l’autre part se trouve dans le Musée National Suisse (communication personnelle de Philippe Curdy, conservateur du musée de Sion). Généralement les chercheurs s’accordent à dire que la voie du Rhône est l’axe de circulation des coquillages méditerranéens ; Sauter, notamment, dans son « aspect du commerce néolithique » (Sauter, 1963, p. 53). L’analyse de Combier propose que la diffusion se soit faite par des circuits plus complexes, qui ne sont pas négligeables, particulièrement pour l’Autriche, la Hongrie et la Roumanie (Combier, 1974, p. 53). Dès le Mésolithique, on trouve la présence de Columbella rustica dans un camp de chasseurs-pêcheurs, en Châblais valaisan, à une douzaine de km du Lac Léman, en bordure de la plaine alluviale du Rhône (Pignat, 2002, p. 167).

 

Une des vitrines du musée de Sion contient, notamment, deux colliers constitués suivant deux modes d’enfilage. Ces assemblages procurent divers états de conservation des coquilles (Pauc et coll., 2004, p. 1-2) parmi lesquels on note une usure naturelle du test avec une absence de l’apex et/ou, de manière progressive, des premiers tours de spires, mais également des attaques de micro-organismes marins. L’ensemble inédit, de près de 200 spécimens enfilés à l’opposé de l’ouverture naturelle, provenant d’Ayent (Fig. 1, 2, 3, 4) et un second assortiment composé de spécimens enfilés dans le sens axial de la coquille et régulièrement raccourcis jusqu’à l’avant dernier tour de spire, entièrement ou partiellement conservé, ou bien jusqu’à la partie globuleuse du dernier tour, intercalés de tests roulés ont retenu notre attention (Fig. 5). Les photos ont été réalisées en 2002, dans la vitrine, grâce à l’amabilité de Philippe Curdy et au concours de Jacques Reinhard.

Dans les collections du Musée National Suisse sont déposés 7 colliers inédits, provenant de Riddes, en Valais, qui totalisent environ 500 Colombelles (communication personnelle de Samuel van Willigen, conservateur du département Préhistoire au Schweizerisches Landesmuseum de Zürich). L’utilisation massive, en milieu sépulcral, est attribuable au Bronze ancien selon les archéologues. 

 

Parmi les Columbella rustica de la Cueva de Nerja à Malaga, en Espagne, Jorda Pardo recense le mode d’enfilage dans le sens axial dans la couche XIII de l’Épipaléolithique (2 exemplaires), dans la couche XI-VII du Néolithique ancien (3 exemplaires) et dans la couche IV du Néolithique final (3 exemplaires), mais également à l’opposé de l’ouverture, en nombre inférieur, dans ces mêmes couches. Le mode d’enfilage à l’opposé de l’ouverture naturelle est uniquement représenté dans la couche VI-V du Néolithique moyen (Jorda-Pardo, 1982, p. 91). 

 

Les Coquilles de Trivia europea principalement utilisées au Paléolithique sont aussi employées à la fin du Néolithique. La double perforation sur le dos, à chaque extrémité du grand axe, est la plus répandue (Taborin, 1974, p. 365 ; Ladier et Welté, 1995, p. 89). Plus rarement, une double perforation, de part et d’autre du petit axe, a été inventoriée (Taborin, 1974, p. 334 ; Laporte, 1994, p. 79 et fig. 2.19). Dans tous les cas le système d’enfilage est conditionné par la morphologie interne du coquillage.

 

Les collectes de coquillages ont été réalisées par les auteurs, sur la côte rocheuse de la plage du Môle, au Cap d’Agde dans l’Hérault (Languedoc-Roussillon). Les conditions de ramassages des coquilles de Columbella et de Trivia  sont difficiles, sur la portion de plage jonchée d’énormes quantités de coquilles entières et fragmentées (Fig. 6, 7, 8, 9).

 

Columbella rustica

 

Columbella rustica est un coquillage qui apparaît sur les côtes méditerranéennes et, sur la façade atlantique, du Portugal jusqu’aux Canaries, aux Açores et en Guinée, selon Jorda Pardo (d’après Nordsieck 1968) (Jorda Pardo, 1982, p. 94). Ce taxon est représenté dans le rivage Eutyrrhénien, du Quaternaire moyen de Corse (Ottmann, 195, p. 103), des Alpes-Maritimes et de Monaco (Iavorsky, 1965, p. 152 ; Bonifay et al., 1958, p. 108 ). Le petit recensement de dépôts actuels, sur la plage d’une côte rocheuse, a été initié par Cartonnet (Carqueiranne, Var) (Cartonnet, 1991, p. 299), suivi par Mendoza (Les Aresquiers, Hérault) (Mendoza, 2002, p. 44) et de nos recherches récentes (Cap d’Agde, Hérault).

 

Expérimentation

 

Cinquante coquilles de Columbella rustica, entières et fragmentées, ont été ramassées, au cours de cinq collectes, de 5 à 6 heures chacune, à la vue, par les auteurs, sur une portion de 150 m de la plage du Môle sur la côte rocheuse du Cap d’Agde, dans l’Hérault, en Languedoc-Roussillon. Leur état confirme les degrés de conservation constatés par Cartonnet sur près de 400 individus entiers et fragmentés, récoltés en 6 heures, à la vue, sur  500 m de plage, à Carqueiranne dans le Var, en Provence (Cartonnet, 1991, p. 299). Nos exemplaires sont comparables à la typologie de Cartonnet en y ajoutant les conditions de préservation de la paroi des coquilles ainsi que diverses fractures dues à l’action marine. Dans le pire des cas inventoriés, le test a subi de sérieuses attaques de micro-organismes marins en creusant de microscopiques alvéoles circulaires, qui se rejoignent entre elles, en offrant ainsi une paroi « rongée » sur l’ensemble de la coquille. Les altérations, occasionnées aux coquilles, favorisent plus rapidement leur destruction lors des chocs provoqués par l’action marine sur un substrat rocheux dans la mer ou caillouteux sur le rivage.

Mendoza signale que ses collectes de coquillages effectuées pendant plusieurs dizaines d’années ne lui ont fourni qu’une dizaine d’exemplaires de Columbella rustica sur la zone des Aresquiers (Mendoza, 2002, p. 44 et communication personnelle de l’auteur), entre Sète et Palavas-les-Flots ; cette faible quantité recueillie serait due à sa très grande rareté sur cette partie du littoral héraultais et expliquerait son absence dans le site chasséen de Lattes. La côte rocheuse, d’origine volcanique, au Cap d’Agde est située à une vingtaine de km au sud des Aresquiers. La côte du Languedoc-Roussillon offre d’autres zones rocheuses sur lesquelles on ne rencontre pas actuellement les coquillages qui font l’objet de cette étude. Dans l’Aude, par exemple, les grottes de La Clape fournissent les deux taxons, sans que l’on puisse en trouver sur la frange littorale rocheuse qui borde ce massif. La quarantaine de Colombelles du dolmen de Saint-Eugène à Laure-Minervois (Sicard, 1930, carton n° 7 et p. 218) pourraient, dans ce cas, provenir des circuits d’échanges.    

 

Les coquilles actuelles, en règle générale, montrent leur couleur d’origine. Celle-ci tire sur des touches de brun, de roux ou de gris sur fond blanc, mais présente également un jaune uniforme. Occasionnellement, l’usure superficielle ôte partiellement la couche pigmentée du test. Plus rarement, la couleur naturelle s’estompe sur les endroits exposés aux U-V en prenant une teinte blanchâtre.

 

Pour démarrer l’expérimentation le choix s’est porté sur les coquilles qui présentent une configuration propre au modèle de parure désiré, pour limiter les risques d’échecs.

 

La première expérimentation (planche 1) concerne la perforation à l’opposé de l’ouverture d’une coquille en excellent état de conservation (1). La paroi, d’une épaisseur normale, très dure, ne peut être trouée en pression. Il est nécessaire de pratiquer une abrasion superficielle, bien localisée du test,  au moyen d’un petit polissoir en grès (2, 3) et de poursuivre l’abrasion jusqu’à l’apparition d’un minuscule trou au centre (4). Le profil de la pièce montre le creusement du test (5). L’amincissement de la paroi permet la perforation avec une pointe en silex (6) pour calibrer la lumière au diamètre désiré (7). L’élément de parure est ainsi disponible (8).

 

L’unique exemple de double perforation d’une Colombelle, sur le dernier tour de spire, à l’opposé de l’ouverture naturelle, par usure sur une meule, est signalé par Courtin (2000, p. 83).

L’expérimentation s’est déroulée sur un spécimen dont le labre a été brisé par l’action marine (Planche 2 : 1). La double perforation  offre deux possibilités d’enfilage :

·        le lien de suspension, ou d’attache, pénètre par l’ouverture naturelle, sort par le trou situé dans le prolongement (2), entre ensuite dans le second trou et ressort par l’ouverture naturelle (3)

·        le lien de suspension passe uniquement à travers les deux trous exécutés côte à côte (4)

 

 

On peut aussi se servir d’une coquille, successivement altérée par les micro-organismes marins et usée par l’action marine, qui présente une fenêtre irrégulière sur la partie bombée de la dernière spire (Fig. 10). Ceci permet d’observer la columelle et d’apprécier l’épaisseur du déploiement des volutes. Ces dernières se développent en spirale autour de la colonne centrale, à chaque tour de spire, jusqu’à la paroi du coquillage. Ce genre d’élément de parure obtenu à moindre effort, sinon sa collecte, montrera une usure plus significative, lors du port prolongé, par rapport à une coquille d’excellente qualité.

 

Une perforation circulaire produite par un lithophage, sur la partie latérale gauche du dernier tour de spire (Planche 3 : 1) peut servir pour y glisser le lien de suspension, ou d’attache ; faire ressortir ce dernier, par l’ouverture naturelle, oblige à l’extraire avec un instrument, comme une fine pointe en bois, par exemple. Ce type d’enfilage permet deux positions du lien:

·        horizontale, pour une présentation verticale du coquillage (2)

·        inclinée, pour une présentation oblique du coquillage (3)

 

Les expérimentations suivantes concernent les éléments enfilés dans le sens axial, qui bénéficient d’une intervention spécifique.

Cette action volontaire est destinée à supprimer la columelle à l’intérieur de la partie globuleuse pour favoriser le passage du lien jusqu’à l’ouverture naturelle ; sans cette opération l’enfilage est impossible. Cartonnet remarque que la columelle occupe tout l’espace en interdisant le passage du fil (Cartonnet, 1991, p. 300). Josep Lluis Pascual Benito, spécialiste de la parure sur la Péninsule Ibérique, confirme, au cours d’un entretien, qu’il est nécessaire de briser la columelle. Les dégâts occasionnés par l’action marine ne peuvent en aucun cas supprimer chaque déploiement de la columelle à l’intérieur du coquillage sans abîmer la paroi de ce dernier.

 

La première intervention (planche 4) s’est déroulée sur un spécimen endommagé au niveau des premiers tours de spire sur lequel apparaît le début de la columelle. L’action de perforation avec une pointe en silex par rotation n’a pas été praticable. Il a fallu exercer une perforation en pression avec la pointe en silex sur le développement de la volute qui se présente (1). Le résultat est satisfaisant puisqu’il casse la très fine matière déployée (2). On poursuit l’opération de perforation en pression, en enfonçant plus profondément la pointe en silex, dans l’orifice amorcé, verticalement (3, 4). Cela brise partiellement la paroi de l’avant dernière spire et une nouvelle partie de la columelle (5, 6). Le renouvellement de l’opération en pression montre un trou net dans la volute suivante (7). Une dernière pression avec la pointe en silex casse la dernière volute en laissant passer la clarté venant de l’ouverture naturelle (8). La pièce obtenue est comparable aux parures protohistoriques (9). Pour montrer l’intérieur de la dernière spire, on a ouvert une fenêtre en brisant volontairement la paroi d’une fine épaisseur, en pression avec la pointe en silex, au niveau des trois petits trous existants (10, 11, 12, 13, 14, 15, 16). Cette action supplétive n’a que l'intérêt de voir le passage du lien de suspension au niveau de la bordure interne de la coquille (17).

 

On a directement enchaîné l’intervention suivante, avec des gestes beaucoup plus spontanés (planche 5). La coquille présente le même degré d’usure que la précédente (1). Le début de perforation de la columelle, en pression avec la pointe, donne le résultat escompté (2). On renouvelle l’opération avec la pointe en silex (3) qui traverse très précisément le test de la volute suivante (4). Pour terminer, on enfonce profondément la pointe à la verticale, vers la dernière volute, pour libérer le passage en direction de l’ouverture naturelle (5, 6). Le lien de suspension s’introduit sans aucune difficulté (7).

 

Conclusion

 

Ce travail complète les observations faites par Cartonnet sur les coquilles de Columbella rustica collectées sur la plage du Var et les spécimens archéologiques publiés (Cartonnet, 1991). Cette nouvelle recherche démontre, de façon concrète, que « l’altération » des parures en coquillages, déposées dans les musées, ne puisse mettre directement en cause les moyens de conservation de ces derniers comme le dénonçait Borrello (2003, p. 174-175) pour les Institutions suisses. Nous avons déjà évoqué cette accusation abusive, dans une note, à propos des parures du Néolithique de Suisse (Pauc et coll., 2004, p.1-2). Il faut tenir compte de l’état des coquillages au moment de leur collecte sur une plage. Un test plus ou moins dégradé est le résultat d’une usure progressive et/ou de dommages causés par l’action marine, et/ou d’attaques par les micro-organismes marins lithophages, ou inversement (Fig. 11 a-b et 12 a-b).

 

On peut échafauder un scénario en évoquant les pires conditions suivantes : supposons que la collecte des coquillages se soit déroulée dans un dépôt coquillier fossile du Quaternaire moyen, à divers degrés de dissolution (pulvérulents dans le pire des cas) en y ajoutant un port prolongé des parures, puis que ces dernières aient subi une nouvelle déposition dans le milieu humique d’une sépulture primaire, où le cadavre libère l’acide phosphorique au moment de sa décomposition, qu’en plus la sépulture ait été édifiée dans un sol naturel acide, enfin, qu’après prélèvement lors d’une fouille, les ornements aient été entreposés dans un dépôt mal conditionné. Les coquillages, qui ont traversé des millénaires, voire, lorsque ce sont des fossiles anciens, des millions d’années avant de devenir des éléments de parures qui arrivent jusqu’à nous, sont plus à l’abri dans un musée normalement conditionné que dans le milieu où ils ont été prélevés. Comment expliquer, sinon, que toutes les pièces malacologiques conservées dans les musées ne soient pas atteintes par la « maladie de Byne » à laquelle Borello fait référence ? Seuls les coquillages récupérés dès la fouille dans un état pulvérulent, donc très dégradés, nécessitent un traitement particulier (Borello, 2003, p. 173-174).  

La fouille de la grotte de la Falaise a livré à Héléna (1925, p. 213) deux pendeloques en test de Glycymeris dont l’une est  parfaitement conservée, avec un reste partiel de nacre, « comme neuve » souligne-t-il, contrairement à l’autre qu’il considère « rongée par l’action dissolvante des eaux d’infiltration chargées d’acide carbonique ». Il s’agit très probablement de deux tests collectés en l’état et perforés pour obtenir des éléments de parure.

La fouille du dolmen de Saint-Eugène, débutée en 1924, a procuré une quarantaine de Colombelles à Sicard (1930, carton n° 7 et p. 218). Ces éléments étaient enfilés dans le sens axial et certains conservent partiellement l’avant dernier tour de spire. L’unique cliché ne permet d’examiner qu’une face des éléments parmi lesquels on remarque deux spécimens avec une fenêtre, sur la dernière spire, qui laisse entrevoir la columelle et un troisième exemplaire qui présente un trou à gauche de l’ouverture naturelle.

Divers degrés de conservation des coquillages ont été constatés dans le niveau Eutyrrhénien du département de l’Aude (Sud de la France) et dans le cadre de l’étude menée depuis une quinzaine d’années sur les éléments de parures en coquillages, en cours de fabrication et achevés, issus des ateliers de fabrication des Corbières, ainsi que des parures provenant de dolmens.

 

Columbella rustica est bien représentée dans l’abri de Strette à Barbaghju, en Corse, au Néolithique ancien cardial comme le rappellent Bonato et ses collaborateurs (Bonato et al., 1997-1999, p. 108-109). Le site est localisé « sur une falaise de molasses miocènes en bordure du fleuve “A Strutta”, dans un petit défilé reliant le golfe de Saint Florent à la plaine de Poggio-d’Oletta » selon Costa (Costa, 2004, p. 176). Le golfe de Saint Florent dispose de « beaux gisements de Quaternaire marin, dont l’un est situé sur le flanc est du golf, à 200 m au N du ruisseau de Ficajolo selon Ottmann (d’après Hollande 1875) (Ottmann, 1958, p.102). Le niveau quaternaire repose sur des molasses miocènes, au pied des collines, en formant un replat cultivé en vignes. Sans être en mesure d’affiner les informations précédentes, on apprend par Ottmann que le gisement quaternaire marin de Saint Florent a livré 38 espèces de coquillages, correspondant à une accumulation de spécimens vivant sur un fond sableux ou rocheux, dont, entre autre, Columbella rustica (Ottmann, 1958, p.102 et 103).   

  

Trivia europea

 

Les coquilles de Trivia sont présentes sur la côte Atlantique et la façade méditerranéenne ;  une variété fossile existe  dans les faluns de Touraine, selon Taborin (1974, p. 122, 123).

Ce coquillage a bénéficié d’une double perforation située, généralement, à chaque extrémité du grand axe (Taborin, 1974, p. 365 ; Ladier et Welté, 1995, p. 89 ) et, moins souvent, de part et d’autre du petit axe (Taborin, 1974, p. 334 ; Laporte, 1994, p. 79 et fig. 2.19). 

Sur les cinq collectes, quatre ont fourni treize spécimens entiers de Trivia europea et un modèle fragmenté. La taille réduite des coquilles ne permet pas de les distinguer aisément dans l’abondant dépôt coquillier du Cap d’Agde.

 

Expérimentation

 

L’essai de perforation par pression avec une pointe en silex n’a pas fonctionné. La surface ornée de minuscules côtes transversales empêche l’adhérence de l’outil. En pratiquant une abrasion du test, jusqu’à l’apparition d’un petit trou, on peut alors effectuer l’orifice par rotation de l’extrémité d’une pointe en silex jusqu’à la lumière souhaitée.

La Trivia en partie brisée, par l’action marine, au niveau de l’ouverture permet d’observer la configuration interne du coquillage (Fig. 13).   

 

Les perforations, à chaque extrémité du grand axe (Planche 6), nécessitent une abrasion locale (1, 2) jusqu’à l’apparition de la lumière (3), en renouvelant l’opération à l’opposé (4, 5). On régularise la perforation à l’aide de la pointe en silex par rotation sur les deux petits trous (6, 7, 8, 9). La pointe en silex a traversé la paroi de la dernière spire mais a également entamé chaque extrémité de la columelle qui se trouve à l’intérieur (10, 11). Le lien de suspension, ou d’attache, passe librement par les deux orifices (12, 13, 14). Si la coquille est intacte au niveau de l’ouverture naturelle, exiguë, il est impossible d’attacher chaque extrémité, séparément, en faisant passer un lien à partir de la perforation circulaire vers l’ouverture naturelle ou vice-versa.

 

Deux exemples archéologiques pour lesquels ce serait faisable ont retenu notre attention. Le premier est illustré par une coquille de Trivia dont la face dorsale est usée jusqu’à la base des côtes et une seconde, normalement conservée, provenant de l’Abri Plantade (département du Tarn-et-Garonne, en Midi-Pyrénées) attribué à la culture magdalénienne, sur lesquelles les orifices circulaires laissent passer, pleinement pour l’une et plus discrètement pour l’autre, la lumière à partir de la face ventrale (Ladier et Welté, 1994, p. 89 et 90). Ce phénomène est forcément dû à l’élargissement de l’ouverture naturelle que l’on pense anthropique, à moins qu’une fracture d’origine érosive n’ait élargi le passage ; une représentation de l’agrandissement que les magdaléniens auraient pu imiter volontairement  pour copier la nature. L’exemple suivant touche les cinq coquilles de Trivia, du site de Ponthezières (Ile d’Oléron en Charentes-Maritimes) daté du Néolithique final, qui auraient bénéficiées « d’un travail préparatoire ayant consisté à découper une ouverture par incision sur chacune des faces latérales de la coquille puis, dans un second temps, une régularisation, par abrasion, des lèvres de l’ouverture » selon Laporte, qui  souligne ensuite que « la lumière de la perforation est le plus souvent ovale et qu’aucune trace de lien de suspension n’a été observée à la binoculaire » (Laporte, 1994, p. 79). Cette explication  mériterait quelques éclaircissements de la part de l’auteur.  

Les perforations expérimentales effectuées sur Trivia, de part et d’autre du petit axe  (Planche 7 : 1), ont aussi été réalisées par abrasion  (2, 3) puis rotation de la pointe en silex (4) sans que l’action de percement n’atteigne la columelle sous-jacente. Le lien passe par ces orifices sans le moindre problème (5). L’élargissement volontaire de l’ouverture naturelle n’a pas été pratiqué sur le spécimen étant donné qu’il était destiné à devenir un grain d’enfilage et non un élément de décor à fixer sur un support de type vestimentaire.

 

Parallèlement aux spécimens de nos collectes, nous avons eu l’opportunité de nous procurer des coquilles de Trivia provenant de Mauritanie, en Afrique, qui sont de couleur rose, quelquefois rose virant au gris ou entièrement grises, plus rarement blanche. Les tests sont parfois usés sur la face dorsale et/ou légèrement usés ou troués au niveau de l’ombilic sommital, zone d’attache de la columelle, par l’action marine et par les micro-organismes marins (Fig. 14).

 

Une perforation d’origine érosive est localisée sur l’emplacement T2 de Taborin (Taborin, 1993, p. 263) sur un des exemplaires (Fig. 15).

 

L'exiguïté de l’ouverture naturelle ne permet pas au lien de suspension, utilisé pour le collier en cours d’agencement, de passer. Un fil de lin plus fin est utilisé pour effectuer un enfilage secondaire en pendeloque sur le collier.

Dans le lot des coquilles de Trivia africaines, deux spécimens de grande taille avaient été retenus pour refaire le mode d’attache hypothétique de l’assemblage couplé de chaque partie plate, proposé par Taborin (Taborin, 1993, p. 263). La double perforation latérale a été réussie sur un seul spécimen en utilisant le protocole précédent. L’autre intervention, débutée par une abrasion superficielle pour amincir le test jusqu’à l’apparition de la lumière, s’est soldée par un échec, lorsque la pointe en silex enfoncée en pression dans le test a provoqué l’éclatement du coquillage (Fig. 16).  

 

La fracture du second coquillage n’a pas permis de procéder à la reconstitution du double mode d’agencement proposé par Taborin. Seule l’application 3 parmi les hypothèses de Taborin a été retenue  (Taborin 1993, p. 263) :

·        le lien entre par l’ouverture naturelle, sort à l’extérieur par un orifice, longe la bordure du test, rentre dans le second orifice et ressort par l’ouverture naturelle (Planche 8 : 1, 2, 3).

 

Conclusion

 

On constate que le travail de perforation de ces coquillages au test côtelé, d’apparence fragile, réclame en fait une préparation préalable. La volonté d’exécuter une percussion directe n’est pas opérationnelle sur des coquillages d’une taille aussi réduite, comme le montre notre échec. Le sens « percussion directe » pourrait être attribué, non pas à une action anthropique mais plutôt à l’action marine lors de chocs sur les rochers.

Ces expérimentations apportent une vision plus réaliste que les dessins effectués par Tosello à partir des instructions de Taborin, notamment pour l’espace exagérément élargi de l’ouverture naturelle (Taborin, 1993, p. 263), en réalité très exiguë et orientée latéralement comme le montrent les photos 15, planche 6, et  3, planche 8, ainsi que sa largeur vue de l’intérieur, sur la figure 17.  

 

N.B.

 

Les éléments de parures reproduits (Fig. 17) ont été ajoutés sur un second collier expérimental dont les résultats seront publiés ultérieurement et comparés avec les observations faites sur le premier collier porté au quotidien.

L’activité expérimentale oblige à multiplier les domaines de recherches et les conclusions qui en découlent apportent quelques réponses non négligeables.   

Que cette publication rassure les chercheurs et les pousse à compléter leurs descriptions en toute objectivité !

 

Bibliographie

 

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Borrello M. 2003 : Les parures en coquillages marins des sites néolithiques suisses. Note préliminaire. Annuaire de la Société Suisse de Préhistoire et d'Archéologie 86, 166-177.

 

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Taborin Y. 1974 : La parure en coquillage de l'Epipaléolithique au Bronze ancien en France, Gallia Préhistoire, t. 17, fasc. 1, p.101-179 et fasc.2, 307-417.

 

Taborin Y. 1993

 : Traces de façonnage et d’usage sur les coquillages perforés. Traces et fonction : les gestes retrouvés, Vol. 50, Colloque international de Liège, Éd. ERAUL, 255-267.

Référence bibliographique :

PAUC P., PAUC A. 2006 :

Problématiques des systèmes d’enfilage des coquilles de Columbella rustica et Trivia europea. R. Tichy (SEA) & R. Paardekooper (EXARC) directeurs, euroREA 3, Society for Experimental Archaeology Hradec Králové, Czech Republic and EXARC, p. 25-30.

 

 

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