Lundi 23 novembre 2009 1 23 /11 /Nov /2009 11:49

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Par Paulette Ricart-Pauc
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Lundi 23 novembre 2009 1 23 /11 /Nov /2009 12:35

 

 

CHARONIA lampas lampas L. : DU COQUILLAGE A L’INSTRUMENT SONORE

 

Paulette Pauc* et Jean-Marie Strangi**                                        

 

Résumé :

L’expérimentation montre qu’il est possible d’utiliser directement un Charonia lampas lampas endommagé par l’action marine, au niveau des premières spires, comme instrument sonore. L’irrégularité de la bordure nécessiterait une égalisation par abrasion et éventuellement une perforation de la columelle. La transformation d’un spécimen complet, par  raccourcissement au niveau des premières spires à l’aide d’une lame en silex puis d’une perforation de la columelle avec une pointe en silex est également plausible.

 

INTRODUCTION

 

Le Charonia lampas lampas Linné 1758, syn. C. nodifera Lamarck 1822, dont le nom vernaculaire est Triton à bosses, est un gastéropode marin de la famille des Ranellidae. Sa taille peut atteindre 40 cm de long. Selon l’âge il possède 7 à 8 spires.

Il existe fossile au Pliocène (Fontannes 1879-1882) et il vit actuellement à l’ouest de la Mer Méditerranée et, sur la côte atlantique, des Açores à la Manche. Les spécimens entiers de grande taille ont pu servir de contenant (Karali 1999). Des fragments de coquilles ont été perforés pour en faire des pendeloques (Moinat 2007). L’avant dernier tour de spire du coquillage a été employé comme bracelet (Mariéthoz 2007). L’idée de l’utiliser comme un simple instrument d’appel puis d’un instrument de musique est certainement venue à l’homme dès le Paléolithique. L'exemplaire de la couche aurignacienne de la grotte de Marsoulas en Haute-Garonne (Bégouen et al. 1933) a été envisagé comme un récipient pour boire par l’ouverture sommitale qui se serait polie à l’usage. Une nouvelle étude de cette pièce révèlera qu’elle a certainement été exploitée comme instrument sonore et/ou de musique car la cassure est située au bon emplacement.

La transformation expérimentale de la conque marine (figure 1) a été calculée à partir de l’observation d’objets archéologiques et ethnologiques.

 

1/ SUPRESSION DES PREMIERES SPIRES

 

Les parties en relief des coquillages, rejetés sur les plages, accusent fréquemment des usures et des fractures causées par l’action marine sur un fond sableux et un substrat rocheux. Les gastéropodes subissent principalement la cassure de l’apex et divers niveaux des premiers tours. La bordure des fractures est discontinue, brute ou émoussée selon le cas.

A partir de ces observations générales, serait-il possible de faire la distinction entre la fracture naturelle irrégulière d’un apex de Charonia, entre deux spires, et la fracture intentionnelle par percussion de l’extérieur vers l’intérieur qui provoquerait une bordure semblable (Deramaix 1992), pour reproduire un schéma naturel ?  Dans l’immédiat, il n’est pas possible de recourir à l’expérimentation, faute de coquillages entiers à disposition ayant les mêmes caractéristiques biométriques  que celles des éléments archéologiques.

La méthode employée sur un spécimen entier, par J-M. Strangi, a été celle du sciage au moyen de deux outils en silex entre la 5e et la 6e spires. Le travail a tout d’abord consisté à creuser, à l’aide d’un éclat lamellaire, une rainure régulière et peu profonde sur le pourtour jusqu’à ce que les deux extrémités se rejoignent (fig. 1). Cette opération préalable a permis d’éviter d’obtenir une gorge hélicoïdale. Le sciage a ensuite été repris à l’aide d’une lame en silex plus grande et moins fragile. Le travail effectué en deux temps a permis de scier facilement et très précisément le coquillage. La bordure de l’embouchure présente quelques aspérités (fig. 2). L’expérimentateur avait déjà utilisé cette méthode pour scier les épiphyses des os longs d'oiseaux, comme une Ulna de vautour par exemple, pour en faire des flûtes. 

Un autre procédé consisterait à scier le test, à l’aide d’une ficelle imprégnée de sable, entre deux tours, jusqu’à la séparation des deux parties.

2 / PREPARATION DE L’EMBOUCHURE

 

Expérimentalement, le coquillage peut fonctionner au premier stade de son raccourcissement naturel bien que cela provoque une gêne. Il est souhaitable de poncer la bordure du test, à l’aide d’un fragment de roche abrasive, afin d’égaliser l’embouchure. L’épaisseur irrégulière pourrait ensuite être polie avec un cuir imbibé de sable fin mouillé pour effacer la moindre aspérité. J-M. Strangi a, pour sa part, poncé l'embouchure avec une pierre de grès fin et l’a ensuite polie sur le pelage d’une peau (fig. 3). Le contact répété des lèvres sur l’embouchure entraînera une surface luisante.

 

3 / L’INSTRUMENT

 

En fonction de la taille du coquillage et de la manipulation de la personne, l’instrument émettra une sonorité particulière. La conque marine, devenue un instrument sonore, sert d’avertisseur pour différents motifs.

Des coquilles de Charonia de 9,1 cm  à 19 cm de longueur conservée, provenant de la grotte d’Arene Candide en Italie, ont été considérées comme des instruments de musique (Cortese et al. 2004). Le son émis par chaque coquillage a donné l’équivalent d’une note de musique précise. Du son à la musique : il est possible de moduler le son en pratiquant d’autres maniements pour en tirer quelques petites mélopées.

 

Bibliographie

 

Bégouen (Le Comte),  Russel J.-T. (1933) : La campagne de fouille de 1931 à Marsoulas, Tarté et Roquecourbère. Mission franco-américaine de recherches préhistoriques, éd. Privat, Toulouse, p. 4-19.

 

Cortese G. E., Del Lucchese A., Garibaldi P. (2004) : Charonia sp., uno strumento musicale del Neolitico ? Museo Tridentino di Scienze Naturali, Trento 2005, Prehistoria Alpina, Suppl. 1, Vol. 40, pp. 91-96.

 

Deramaix I. (1992) : La collection Siret à Bruxelles. 1. Néolithique et Chalcolithique. Monographie de Préhistoire générale 1, Musées royaux d'art et d'histoire, Bruxelles, 115 p.

 

Fontannes F. (1879-1882) : Les invertébrés du Bassin tertiaire du Sud-Est de la France. Les mollusques pliocènes de la vallée du Rhône et du Roussillon. Tome I, Gastéropodes des formations marines et saumâtres.

 

Karali L. (1999) : Shells in Aegean Prehistory, BAR International Series 761, 138 p.

 

Mariethoz F. (2007) : Variabilité des pratiques funéraires en Valais autour de 4000 av. J.-C. In : Moinat P., Chambon P. (Dir.), Les cistes de Chamblandes et la place des coffres dans les pratiques funéraires du Néolithique moyen occidental. Actes du colloque de Lausanne, 12 et 13 mai 2006. Lausanne : Cahiers d'archéologie romande / Paris : Société préhistorique française ; Cahiers d'archéologie romande, 110 / Mémoires de la Société Préhistorique Française, 43, pp. 265-276, 9 fig.

 

Moinat P. (2007) : Cistes en pierre et coffres en bois, inhumations simples et dépôts complexes : un bilan des pratiques funéraires à Vidy (Lausanne, Vaud) et à Chamblandes (Pully, Vaud). In : Moinat P., Chambon P. (Dir.), Les cistes de Chamblandes et la place des coffres dans les pratiques funéraires du Néolithique moyen occidental. Actes du colloque de Lausanne, 12 et 13 mai 2006. Lausanne : Cahiers d'archéologie romande / Paris : Société préhistorique française (Cahiers d'archéologie romande ; 110 / Mémoires de la société préhistorique française ; 43, pp. 195-220, 20 fig.


publié dans :

PAUC P., STRANGI J-M. 2009 :

Charonia lampas lampas L. : du coquillage à l’instrument sonore. Langage de pierre, La restitution du geste en préhistoire. Colloque européen, sous la direction de B. Roussel et P.-J. Texier, C. Dumas, Ed. Musée des Baux, Maison Cazenave, pp. 40-42.

La publication du racourcissement de deux petits Charonia, par 2 autres méthodes est prévue et sera mise en ligne ici.

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Par Paulette Ricart-Pauc - Publié dans : Archéologie - expérimentations archéologiques - Communauté : photos & préhistoire
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Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /Nov /2009 12:43

Présence de micro-gastéropodes et de characées inclus

dans les accidents siliceux des calcaires laguno-lacustres oligocènes de Portel-des-Corbières (Aude).

 

Paulette PAUC*, Philippe FAURÉ**, Didier BOHIC*

 

Nos remerciements à Jean Le Lœuff

 pour nous avoir permis de faire les photos à la loupe binoculaire

du Musée des Dinosaures d’Espéraza (Aude).

 

 

 

L'effondrement du fossé de Narbonne-Sigean est contemporain de la première phase de distension qui suit, à l’Oligocène, la surrection de la Chaîne pyrénéenne. Il permet, sous l’effet d’une forte subsidence, le dépôt d’un épais complexe sédimentaire argilo-carbonaté dont la datation repose sur les malacofaunes selon Louis Doncieux, (1903) et sur les micromammifères selon Jean-Pierre Aguilar (1977) et dont l’âge s'échelonne de l’Oligocène supérieur (étage Chattien) à la partie basale du Miocène (étage Aquitanien). Il  s'agit de dépôts non marins d’ambiance tout d'abord lagunaire et évaporitique (marnes et lits de gypse), puis de sédiments plus nettement carbonatés, alternativement lacustres et palustres, dans lesquels des accidents siliceux ont été signalés. Les gastéropodes (planorbes, limnées, hydrobies) y sont assez fréquents, sous forme de moules externes ou de fossiles pourvus de leur test.

La présence de fossiles inclus dans des cristaux de gypse est plus singulière. Elle est signalée pour la première fois, au début des années vingt, à La Plâtrière de Portel-des-Corbières par Joseph Durand, puis décrite par Gaston Astre en 1925 qui identifie les gastéropodes Potamides lamarcki, Hydrobia dubuissoni, d’autres Hydrobiidæ, attribués à des Bithynies (« Bithynia durandi » et « B. gypsorum »), appartenant au genre Pseudamnicola, ainsi que des gyrogonites de characées (« Chara costulata »). La présence des foraminifères Rosalina douvillei et Quinqueloculina reicheli y est plus tard signalée par Christianne Rosset  en 1966.

 

La présence de tels fossiles inclus dans du silex n’avait, à ce jour, jamais été signalée dans les Corbières.  Une « bouillie de Characées » avait, seule, été reconnue auparavant par Robert Simmonet en 1985 dans son inventaire du silex récolté dans les environs de Sigean.

 

Une telle faune, incluse dans les silex, a particulièrement pu être observée au Pré d’Audène (environs de Portel-des-Corbières), localité où les accidents siliceux se placent dans des calcaires blancs, un peu crayeux, de type lacustre.

 

- Les gastéropodes : Malgré leur petite taille (3 mm maximum), leur excellent état permet de reconnaître Hydrobia cf. dubuissoni BOUILLET (fig. 3 et ? 4)(forme plus allongée que la forme moyenne de H. dubuissoni) (3 mm) et des sections de Pseudamnicola  (fig. 1 et 2) (2,5 mm). Les micro-gastéropodes sont habituellement présents dans la matière siliceuse où ils montrent diverses conditions de conservation : pourvus de leur test, bien visible en section (fig. 1 et 2), leur moule externe, dégagé, à la surface du cortex siliceux (fig. 3) ou en moule externe rempli de silice cristallisée (fig. 4).

 

- Les charophytes  (« Chara  costulata ») : Ils sont présents à la surface du cortex siliceux sous forme de fragments de tiges à section crénelée et d’oogones isolées (0,7 mm de long) (fig. 5). Dans la matrice siliceuse, il s’agit surtout de bioclastes très fragmentés (observations x 100, avec la participation d'André Morala, Musée des Eyzies de Tayac, Dordogne).

 

Des observations analogues sont faites par Fernand Touraine en 1966 dans l’Oligocène de Montmeyan et des bassins tertiaires du Haut-Var où, entre les grès à Potamides et les calcaires à « Bithynia » - à considérer comme des Hydrobies -, certains bancs sont affectés par une meuliérisation (rappelant la meulière du bassin parisien) dans lesquels subsistent aussi des Characées et des cavités formées par les moules externes de gastéropodes dissous.

 

La présence de micro-gastéropodes et de characées dans la matière siliceuse est suffisamment exceptionnelle pour que le silex de l’Oligocène de Portel-des-Corbières soit parfaitement reconnaissable et identifiable.

Il a été recueilli au Pech-Narbonnais, à Peyriac-de-Mer, sous forme de cassons, sur une station de plein air, attribuable à la culture vérazienne, de même que sur le site-atelier principal du Pesquié IIa et IIb à Saint-Laurent-de-La-Cabrerisse.

Son utilisation est aussi confirmée à Fontjoncouse où deux perforateurs (fig. 6a et 7a) en silex patiné contenant des micro-gastéropodes (fig. 6b et fig. 7b) sont identifiés dans un site-atelier secondaire du plateau de La Blaque. Ce petit outillage lithique y est lié à la chaîne opératoire de la fabrication de parures en coquillages marins.

 

Jusque-là, la présence de characées dans le silex n’était qu’un simple indice d’identification. Désormais, l’origine de cette matière siliceuse peut-être caractérisée grâce à la description des éléments biologiques qui la composent.

 

*Recherches et Développement Culturel en Corbières – 11220 Coustouge - F.

**Laboratoire des Mécanismes de Transfert en Géologie, Université Paul Sabatier, 14 Av. Edouard Belin, 31400, Toulouse cedex – F.

 

Jean-Pierre Aguilar, Données nouvelles sur l’âge des formations lacustres des bassins de Narbonne-Sigean et de Leucate (Aude) à l’aide des micromammifères, Géobios n°10, fascicule n°4, 1977, pp. 643-645.

 

Gaston Astre, La faune stampienne incluse dans les cristaux de gypse de Portel. Bulletin de la Société d’Études Scientifiques de l’Aude, tome XXIX, 1925, pp. 118-134.

 

Louis Doncieux, Monographie géologique et paléontologique des Corbières orientales. Annales de l’Université de Lyon, nouvelle série, I. Sciences, Médecine, fascicule 11, 1903, 404 p., 69 fig., 7 pl. HT, 1 carte.                               

 

Joseph Durand, Sur les coquilles fossiles en inclusions dans les cristaux de gypse limpide de l’Oligocène de Narbonne. Bulletin de la Société d’Études Scientifiques de l’Aude, tome XXII, 1923a, pp. 55-56.

 

Joseph Durand, Sur des cristaux de gypse à fossiles inclus et l’origine des pétroles. Bulletin de la Société d’Études Scientifiques de l’Aude, tome XXII, 1923b, pp. 60-62.

 

Paulette Pauc, Activité de fabrication protohistorique de parures en coquillages marins. Bulletin de la Société d'Études Scientifiques de l'Aude, tome CC, 2000, pp. 23-28, 3 fig.

 

Paulette Pauc (avec la collaboration de Didier Bohic et Philippe Fauré), Brève typologie de l'outillage lithique inhérent à la fabrication de parures protohistoriques en coquillages et les sources de matières. Bulletin de la Société d'Études Scientifiques de l'Aude, 2004, tome CIV, pp. 69-76, 4 fig.

 

André Rivière et Solange Vernhet, Oligocène de Bages-Sigean (Aude), C.R. Académie des Sciences de Paris, tome 274, 1972a, Série D, pp. 1251-1254.

 

André Rivière et Solange Vernhet, Oligocène des environs de Peyriac (Aude, feuille de Narbonne), C.R. Académie des Sciences de Paris, tome 274, Série D, 1972b, pp. 2744-2747.

 

Christiane Rosset, Les formations du bassin Oligocène de Sigean-Portel et leur chronologie, C.R. sommaire des séances de la Société Géologique de France, 1964, pp. 416-417.

 

Christiane Rosset, Foraminifères inclus dans le gypse oligocène de Portel (Aude) : extraction et conséquences paléogéographiques., C.R. sommaire des séances de la Société Géologique de France, 1966, pp. 48-49.

 

Robert Simmonet, Le silex du Magdalénien final de la grotte des Églises dans le Bassin de Tarascon-sur-Ariège. Préhistoire ariégeoise, tome XXXX, 1985, pp. 71-97, 8 fig.

 

Fernand Touraine, Découvertes de l’Oligocène à Montmeyan et dans les bassins tertiaires du Var. C.R. sommaire des séances de la Société Géologique de France, 1966,  pp. 66-68.


Note parue dans :

PAUC P., FAURE P., BOHIC D.  2006 :   

Présence de micro-organismes dans les accidents siliceux des calcaires oligocènes de Portel-des-Corbières. Etudes Roussillonnaises, t. XXII , éditions Trabucaïr., p. 229-232.

 

Par Paulette Ricart-Pauc - Publié dans : Archéologie - expérimentations archéologiques - Communauté : photos & préhistoire
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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /Déc /2009 10:56

PROBLEMATIQUES DES SYSTEMES D’ENFILAGE DES COQUILLES DE COLUMBELLA RUSTICA ET DE TRIVIA EUROPEA 

 

Paulette Pauc, Alexandre Pauc 

 

Résumé

 

Cette note aborde les problèmes rencontrés au niveau des systèmes d’enfilage des coquilles de Columbella rustica et de Trivia europea en archéologie. Les expérimentations n’ont pu s’appliquer que sur des coquillages actuels.

 

Introduction

 

Les systèmes d’enfilage des coquilles de Columbella rustica et Trivia europea sont expliqués, habituellement, à partir de théories mises en applications au moyen de dessins.

Le canton du Valais, en Suisse, détient le record du nombre de coquilles de Columbella rustica enfilées seules ou associées à des tests de Glycymeris roulés par l’action marine, en colliers « reconstitués ». Les colombelles déposées dans le Musée cantonal de Sion proviennent des sépultures de Sion, Grimisuat et Ayent ; l’autre part se trouve dans le Musée National Suisse (communication personnelle de Philippe Curdy, conservateur du musée de Sion). Généralement les chercheurs s’accordent à dire que la voie du Rhône est l’axe de circulation des coquillages méditerranéens ; Sauter, notamment, dans son « aspect du commerce néolithique » (Sauter, 1963, p. 53). L’analyse de Combier propose que la diffusion se soit faite par des circuits plus complexes, qui ne sont pas négligeables, particulièrement pour l’Autriche, la Hongrie et la Roumanie (Combier, 1974, p. 53). Dès le Mésolithique, on trouve la présence de Columbella rustica dans un camp de chasseurs-pêcheurs, en Châblais valaisan, à une douzaine de km du Lac Léman, en bordure de la plaine alluviale du Rhône (Pignat, 2002, p. 167).

 

Une des vitrines du musée de Sion contient, notamment, deux colliers constitués suivant deux modes d’enfilage. Ces assemblages procurent divers états de conservation des coquilles (Pauc et coll., 2004, p. 1-2) parmi lesquels on note une usure naturelle du test avec une absence de l’apex et/ou, de manière progressive, des premiers tours de spires, mais également des attaques de micro-organismes marins. L’ensemble inédit, de près de 200 spécimens enfilés à l’opposé de l’ouverture naturelle, provenant d’Ayent (Fig. 1, 2, 3, 4) et un second assortiment composé de spécimens enfilés dans le sens axial de la coquille et régulièrement raccourcis jusqu’à l’avant dernier tour de spire, entièrement ou partiellement conservé, ou bien jusqu’à la partie globuleuse du dernier tour, intercalés de tests roulés ont retenu notre attention (Fig. 5). Les photos ont été réalisées en 2002, dans la vitrine, grâce à l’amabilité de Philippe Curdy et au concours de Jacques Reinhard.

Dans les collections du Musée National Suisse sont déposés 7 colliers inédits, provenant de Riddes, en Valais, qui totalisent environ 500 Colombelles (communication personnelle de Samuel van Willigen, conservateur du département Préhistoire au Schweizerisches Landesmuseum de Zürich). L’utilisation massive, en milieu sépulcral, est attribuable au Bronze ancien selon les archéologues. 

 

Parmi les Columbella rustica de la Cueva de Nerja à Malaga, en Espagne, Jorda Pardo recense le mode d’enfilage dans le sens axial dans la couche XIII de l’Épipaléolithique (2 exemplaires), dans la couche XI-VII du Néolithique ancien (3 exemplaires) et dans la couche IV du Néolithique final (3 exemplaires), mais également à l’opposé de l’ouverture, en nombre inférieur, dans ces mêmes couches. Le mode d’enfilage à l’opposé de l’ouverture naturelle est uniquement représenté dans la couche VI-V du Néolithique moyen (Jorda-Pardo, 1982, p. 91). 

 

Les Coquilles de Trivia europea principalement utilisées au Paléolithique sont aussi employées à la fin du Néolithique. La double perforation sur le dos, à chaque extrémité du grand axe, est la plus répandue (Taborin, 1974, p. 365 ; Ladier et Welté, 1995, p. 89). Plus rarement, une double perforation, de part et d’autre du petit axe, a été inventoriée (Taborin, 1974, p. 334 ; Laporte, 1994, p. 79 et fig. 2.19). Dans tous les cas le système d’enfilage est conditionné par la morphologie interne du coquillage.

 

Les collectes de coquillages ont été réalisées par les auteurs, sur la côte rocheuse de la plage du Môle, au Cap d’Agde dans l’Hérault (Languedoc-Roussillon). Les conditions de ramassages des coquilles de Columbella et de Trivia  sont difficiles, sur la portion de plage jonchée d’énormes quantités de coquilles entières et fragmentées (Fig. 6, 7, 8, 9).

 

Columbella rustica

 

Columbella rustica est un coquillage qui apparaît sur les côtes méditerranéennes et, sur la façade atlantique, du Portugal jusqu’aux Canaries, aux Açores et en Guinée, selon Jorda Pardo (d’après Nordsieck 1968) (Jorda Pardo, 1982, p. 94). Ce taxon est représenté dans le rivage Eutyrrhénien, du Quaternaire moyen de Corse (Ottmann, 195, p. 103), des Alpes-Maritimes et de Monaco (Iavorsky, 1965, p. 152 ; Bonifay et al., 1958, p. 108 ). Le petit recensement de dépôts actuels, sur la plage d’une côte rocheuse, a été initié par Cartonnet (Carqueiranne, Var) (Cartonnet, 1991, p. 299), suivi par Mendoza (Les Aresquiers, Hérault) (Mendoza, 2002, p. 44) et de nos recherches récentes (Cap d’Agde, Hérault).

 

Expérimentation

 

Cinquante coquilles de Columbella rustica, entières et fragmentées, ont été ramassées, au cours de cinq collectes, de 5 à 6 heures chacune, à la vue, par les auteurs, sur une portion de 150 m de la plage du Môle sur la côte rocheuse du Cap d’Agde, dans l’Hérault, en Languedoc-Roussillon. Leur état confirme les degrés de conservation constatés par Cartonnet sur près de 400 individus entiers et fragmentés, récoltés en 6 heures, à la vue, sur  500 m de plage, à Carqueiranne dans le Var, en Provence (Cartonnet, 1991, p. 299). Nos exemplaires sont comparables à la typologie de Cartonnet en y ajoutant les conditions de préservation de la paroi des coquilles ainsi que diverses fractures dues à l’action marine. Dans le pire des cas inventoriés, le test a subi de sérieuses attaques de micro-organismes marins en creusant de microscopiques alvéoles circulaires, qui se rejoignent entre elles, en offrant ainsi une paroi « rongée » sur l’ensemble de la coquille. Les altérations, occasionnées aux coquilles, favorisent plus rapidement leur destruction lors des chocs provoqués par l’action marine sur un substrat rocheux dans la mer ou caillouteux sur le rivage.

Mendoza signale que ses collectes de coquillages effectuées pendant plusieurs dizaines d’années ne lui ont fourni qu’une dizaine d’exemplaires de Columbella rustica sur la zone des Aresquiers (Mendoza, 2002, p. 44 et communication personnelle de l’auteur), entre Sète et Palavas-les-Flots ; cette faible quantité recueillie serait due à sa très grande rareté sur cette partie du littoral héraultais et expliquerait son absence dans le site chasséen de Lattes. La côte rocheuse, d’origine volcanique, au Cap d’Agde est située à une vingtaine de km au sud des Aresquiers. La côte du Languedoc-Roussillon offre d’autres zones rocheuses sur lesquelles on ne rencontre pas actuellement les coquillages qui font l’objet de cette étude. Dans l’Aude, par exemple, les grottes de La Clape fournissent les deux taxons, sans que l’on puisse en trouver sur la frange littorale rocheuse qui borde ce massif. La quarantaine de Colombelles du dolmen de Saint-Eugène à Laure-Minervois (Sicard, 1930, carton n° 7 et p. 218) pourraient, dans ce cas, provenir des circuits d’échanges.    

 

Les coquilles actuelles, en règle générale, montrent leur couleur d’origine. Celle-ci tire sur des touches de brun, de roux ou de gris sur fond blanc, mais présente également un jaune uniforme. Occasionnellement, l’usure superficielle ôte partiellement la couche pigmentée du test. Plus rarement, la couleur naturelle s’estompe sur les endroits exposés aux U-V en prenant une teinte blanchâtre.

 

Pour démarrer l’expérimentation le choix s’est porté sur les coquilles qui présentent une configuration propre au modèle de parure désiré, pour limiter les risques d’échecs.

 

La première expérimentation (planche 1) concerne la perforation à l’opposé de l’ouverture d’une coquille en excellent état de conservation (1). La paroi, d’une épaisseur normale, très dure, ne peut être trouée en pression. Il est nécessaire de pratiquer une abrasion superficielle, bien localisée du test,  au moyen d’un petit polissoir en grès (2, 3) et de poursuivre l’abrasion jusqu’à l’apparition d’un minuscule trou au centre (4). Le profil de la pièce montre le creusement du test (5). L’amincissement de la paroi permet la perforation avec une pointe en silex (6) pour calibrer la lumière au diamètre désiré (7). L’élément de parure est ainsi disponible (8).

 

L’unique exemple de double perforation d’une Colombelle, sur le dernier tour de spire, à l’opposé de l’ouverture naturelle, par usure sur une meule, est signalé par Courtin (2000, p. 83).

L’expérimentation s’est déroulée sur un spécimen dont le labre a été brisé par l’action marine (Planche 2 : 1). La double perforation  offre deux possibilités d’enfilage :

·        le lien de suspension, ou d’attache, pénètre par l’ouverture naturelle, sort par le trou situé dans le prolongement (2), entre ensuite dans le second trou et ressort par l’ouverture naturelle (3)

·        le lien de suspension passe uniquement à travers les deux trous exécutés côte à côte (4)

 

 

On peut aussi se servir d’une coquille, successivement altérée par les micro-organismes marins et usée par l’action marine, qui présente une fenêtre irrégulière sur la partie bombée de la dernière spire (Fig. 10). Ceci permet d’observer la columelle et d’apprécier l’épaisseur du déploiement des volutes. Ces dernières se développent en spirale autour de la colonne centrale, à chaque tour de spire, jusqu’à la paroi du coquillage. Ce genre d’élément de parure obtenu à moindre effort, sinon sa collecte, montrera une usure plus significative, lors du port prolongé, par rapport à une coquille d’excellente qualité.

 

Une perforation circulaire produite par un lithophage, sur la partie latérale gauche du dernier tour de spire (Planche 3 : 1) peut servir pour y glisser le lien de suspension, ou d’attache ; faire ressortir ce dernier, par l’ouverture naturelle, oblige à l’extraire avec un instrument, comme une fine pointe en bois, par exemple. Ce type d’enfilage permet deux positions du lien:

·        horizontale, pour une présentation verticale du coquillage (2)

·        inclinée, pour une présentation oblique du coquillage (3)

 

Les expérimentations suivantes concernent les éléments enfilés dans le sens axial, qui bénéficient d’une intervention spécifique.

Cette action volontaire est destinée à supprimer la columelle à l’intérieur de la partie globuleuse pour favoriser le passage du lien jusqu’à l’ouverture naturelle ; sans cette opération l’enfilage est impossible. Cartonnet remarque que la columelle occupe tout l’espace en interdisant le passage du fil (Cartonnet, 1991, p. 300). Josep Lluis Pascual Benito, spécialiste de la parure sur la Péninsule Ibérique, confirme, au cours d’un entretien, qu’il est nécessaire de briser la columelle. Les dégâts occasionnés par l’action marine ne peuvent en aucun cas supprimer chaque déploiement de la columelle à l’intérieur du coquillage sans abîmer la paroi de ce dernier.

 

La première intervention (planche 4) s’est déroulée sur un spécimen endommagé au niveau des premiers tours de spire sur lequel apparaît le début de la columelle. L’action de perforation avec une pointe en silex par rotation n’a pas été praticable. Il a fallu exercer une perforation en pression avec la pointe en silex sur le développement de la volute qui se présente (1). Le résultat est satisfaisant puisqu’il casse la très fine matière déployée (2). On poursuit l’opération de perforation en pression, en enfonçant plus profondément la pointe en silex, dans l’orifice amorcé, verticalement (3, 4). Cela brise partiellement la paroi de l’avant dernière spire et une nouvelle partie de la columelle (5, 6). Le renouvellement de l’opération en pression montre un trou net dans la volute suivante (7). Une dernière pression avec la pointe en silex casse la dernière volute en laissant passer la clarté venant de l’ouverture naturelle (8). La pièce obtenue est comparable aux parures protohistoriques (9). Pour montrer l’intérieur de la dernière spire, on a ouvert une fenêtre en brisant volontairement la paroi d’une fine épaisseur, en pression avec la pointe en silex, au niveau des trois petits trous existants (10, 11, 12, 13, 14, 15, 16). Cette action supplétive n’a que l'intérêt de voir le passage du lien de suspension au niveau de la bordure interne de la coquille (17).

 

On a directement enchaîné l’intervention suivante, avec des gestes beaucoup plus spontanés (planche 5). La coquille présente le même degré d’usure que la précédente (1). Le début de perforation de la columelle, en pression avec la pointe, donne le résultat escompté (2). On renouvelle l’opération avec la pointe en silex (3) qui traverse très précisément le test de la volute suivante (4). Pour terminer, on enfonce profondément la pointe à la verticale, vers la dernière volute, pour libérer le passage en direction de l’ouverture naturelle (5, 6). Le lien de suspension s’introduit sans aucune difficulté (7).

 

Conclusion

 

Ce travail complète les observations faites par Cartonnet sur les coquilles de Columbella rustica collectées sur la plage du Var et les spécimens archéologiques publiés (Cartonnet, 1991). Cette nouvelle recherche démontre, de façon concrète, que « l’altération » des parures en coquillages, déposées dans les musées, ne puisse mettre directement en cause les moyens de conservation de ces derniers comme le dénonçait Borrello (2003, p. 174-175) pour les Institutions suisses. Nous avons déjà évoqué cette accusation abusive, dans une note, à propos des parures du Néolithique de Suisse (Pauc et coll., 2004, p.1-2). Il faut tenir compte de l’état des coquillages au moment de leur collecte sur une plage. Un test plus ou moins dégradé est le résultat d’une usure progressive et/ou de dommages causés par l’action marine, et/ou d’attaques par les micro-organismes marins lithophages, ou inversement (Fig. 11 a-b et 12 a-b).

 

On peut échafauder un scénario en évoquant les pires conditions suivantes : supposons que la collecte des coquillages se soit déroulée dans un dépôt coquillier fossile du Quaternaire moyen, à divers degrés de dissolution (pulvérulents dans le pire des cas) en y ajoutant un port prolongé des parures, puis que ces dernières aient subi une nouvelle déposition dans le milieu humique d’une sépulture primaire, où le cadavre libère l’acide phosphorique au moment de sa décomposition, qu’en plus la sépulture ait été édifiée dans un sol naturel acide, enfin, qu’après prélèvement lors d’une fouille, les ornements aient été entreposés dans un dépôt mal conditionné. Les coquillages, qui ont traversé des millénaires, voire, lorsque ce sont des fossiles anciens, des millions d’années avant de devenir des éléments de parures qui arrivent jusqu’à nous, sont plus à l’abri dans un musée normalement conditionné que dans le milieu où ils ont été prélevés. Comment expliquer, sinon, que toutes les pièces malacologiques conservées dans les musées ne soient pas atteintes par la « maladie de Byne » à laquelle Borello fait référence ? Seuls les coquillages récupérés dès la fouille dans un état pulvérulent, donc très dégradés, nécessitent un traitement particulier (Borello, 2003, p. 173-174).  

La fouille de la grotte de la Falaise a livré à Héléna (1925, p. 213) deux pendeloques en test de Glycymeris dont l’une est  parfaitement conservée, avec un reste partiel de nacre, « comme neuve » souligne-t-il, contrairement à l’autre qu’il considère « rongée par l’action dissolvante des eaux d’infiltration chargées d’acide carbonique ». Il s’agit très probablement de deux tests collectés en l’état et perforés pour obtenir des éléments de parure.

La fouille du dolmen de Saint-Eugène, débutée en 1924, a procuré une quarantaine de Colombelles à Sicard (1930, carton n° 7 et p. 218). Ces éléments étaient enfilés dans le sens axial et certains conservent partiellement l’avant dernier tour de spire. L’unique cliché ne permet d’examiner qu’une face des éléments parmi lesquels on remarque deux spécimens avec une fenêtre, sur la dernière spire, qui laisse entrevoir la columelle et un troisième exemplaire qui présente un trou à gauche de l’ouverture naturelle.

Divers degrés de conservation des coquillages ont été constatés dans le niveau Eutyrrhénien du département de l’Aude (Sud de la France) et dans le cadre de l’étude menée depuis une quinzaine d’années sur les éléments de parures en coquillages, en cours de fabrication et achevés, issus des ateliers de fabrication des Corbières, ainsi que des parures provenant de dolmens.

 

Columbella rustica est bien représentée dans l’abri de Strette à Barbaghju, en Corse, au Néolithique ancien cardial comme le rappellent Bonato et ses collaborateurs (Bonato et al., 1997-1999, p. 108-109). Le site est localisé « sur une falaise de molasses miocènes en bordure du fleuve “A Strutta”, dans un petit défilé reliant le golfe de Saint Florent à la plaine de Poggio-d’Oletta » selon Costa (Costa, 2004, p. 176). Le golfe de Saint Florent dispose de « beaux gisements de Quaternaire marin, dont l’un est situé sur le flanc est du golf, à 200 m au N du ruisseau de Ficajolo selon Ottmann (d’après Hollande 1875) (Ottmann, 1958, p.102). Le niveau quaternaire repose sur des molasses miocènes, au pied des collines, en formant un replat cultivé en vignes. Sans être en mesure d’affiner les informations précédentes, on apprend par Ottmann que le gisement quaternaire marin de Saint Florent a livré 38 espèces de coquillages, correspondant à une accumulation de spécimens vivant sur un fond sableux ou rocheux, dont, entre autre, Columbella rustica (Ottmann, 1958, p.102 et 103).   

  

Trivia europea

 

Les coquilles de Trivia sont présentes sur la côte Atlantique et la façade méditerranéenne ;  une variété fossile existe  dans les faluns de Touraine, selon Taborin (1974, p. 122, 123).

Ce coquillage a bénéficié d’une double perforation située, généralement, à chaque extrémité du grand axe (Taborin, 1974, p. 365 ; Ladier et Welté, 1995, p. 89 ) et, moins souvent, de part et d’autre du petit axe (Taborin, 1974, p. 334 ; Laporte, 1994, p. 79 et fig. 2.19). 

Sur les cinq collectes, quatre ont fourni treize spécimens entiers de Trivia europea et un modèle fragmenté. La taille réduite des coquilles ne permet pas de les distinguer aisément dans l’abondant dépôt coquillier du Cap d’Agde.

 

Expérimentation

 

L’essai de perforation par pression avec une pointe en silex n’a pas fonctionné. La surface ornée de minuscules côtes transversales empêche l’adhérence de l’outil. En pratiquant une abrasion du test, jusqu’à l’apparition d’un petit trou, on peut alors effectuer l’orifice par rotation de l’extrémité d’une pointe en silex jusqu’à la lumière souhaitée.

La Trivia en partie brisée, par l’action marine, au niveau de l’ouverture permet d’observer la configuration interne du coquillage (Fig. 13).   

 

Les perforations, à chaque extrémité du grand axe (Planche 6), nécessitent une abrasion locale (1, 2) jusqu’à l’apparition de la lumière (3), en renouvelant l’opération à l’opposé (4, 5). On régularise la perforation à l’aide de la pointe en silex par rotation sur les deux petits trous (6, 7, 8, 9). La pointe en silex a traversé la paroi de la dernière spire mais a également entamé chaque extrémité de la columelle qui se trouve à l’intérieur (10, 11). Le lien de suspension, ou d’attache, passe librement par les deux orifices (12, 13, 14). Si la coquille est intacte au niveau de l’ouverture naturelle, exiguë, il est impossible d’attacher chaque extrémité, séparément, en faisant passer un lien à partir de la perforation circulaire vers l’ouverture naturelle ou vice-versa.

 

Deux exemples archéologiques pour lesquels ce serait faisable ont retenu notre attention. Le premier est illustré par une coquille de Trivia dont la face dorsale est usée jusqu’à la base des côtes et une seconde, normalement conservée, provenant de l’Abri Plantade (département du Tarn-et-Garonne, en Midi-Pyrénées) attribué à la culture magdalénienne, sur lesquelles les orifices circulaires laissent passer, pleinement pour l’une et plus discrètement pour l’autre, la lumière à partir de la face ventrale (Ladier et Welté, 1994, p. 89 et 90). Ce phénomène est forcément dû à l’élargissement de l’ouverture naturelle que l’on pense anthropique, à moins qu’une fracture d’origine érosive n’ait élargi le passage ; une représentation de l’agrandissement que les magdaléniens auraient pu imiter volontairement  pour copier la nature. L’exemple suivant touche les cinq coquilles de Trivia, du site de Ponthezières (Ile d’Oléron en Charentes-Maritimes) daté du Néolithique final, qui auraient bénéficiées « d’un travail préparatoire ayant consisté à découper une ouverture par incision sur chacune des faces latérales de la coquille puis, dans un second temps, une régularisation, par abrasion, des lèvres de l’ouverture » selon Laporte, qui  souligne ensuite que « la lumière de la perforation est le plus souvent ovale et qu’aucune trace de lien de suspension n’a été observée à la binoculaire » (Laporte, 1994, p. 79). Cette explication  mériterait quelques éclaircissements de la part de l’auteur.  

Les perforations expérimentales effectuées sur Trivia, de part et d’autre du petit axe  (Planche 7 : 1), ont aussi été réalisées par abrasion  (2, 3) puis rotation de la pointe en silex (4) sans que l’action de percement n’atteigne la columelle sous-jacente. Le lien passe par ces orifices sans le moindre problème (5). L’élargissement volontaire de l’ouverture naturelle n’a pas été pratiqué sur le spécimen étant donné qu’il était destiné à devenir un grain d’enfilage et non un élément de décor à fixer sur un support de type vestimentaire.

 

Parallèlement aux spécimens de nos collectes, nous avons eu l’opportunité de nous procurer des coquilles de Trivia provenant de Mauritanie, en Afrique, qui sont de couleur rose, quelquefois rose virant au gris ou entièrement grises, plus rarement blanche. Les tests sont parfois usés sur la face dorsale et/ou légèrement usés ou troués au niveau de l’ombilic sommital, zone d’attache de la columelle, par l’action marine et par les micro-organismes marins (Fig. 14).

 

Une perforation d’origine érosive est localisée sur l’emplacement T2 de Taborin (Taborin, 1993, p. 263) sur un des exemplaires (Fig. 15).

 

L'exiguïté de l’ouverture naturelle ne permet pas au lien de suspension, utilisé pour le collier en cours d’agencement, de passer. Un fil de lin plus fin est utilisé pour effectuer un enfilage secondaire en pendeloque sur le collier.

Dans le lot des coquilles de Trivia africaines, deux spécimens de grande taille avaient été retenus pour refaire le mode d’attache hypothétique de l’assemblage couplé de chaque partie plate, proposé par Taborin (Taborin, 1993, p. 263). La double perforation latérale a été réussie sur un seul spécimen en utilisant le protocole précédent. L’autre intervention, débutée par une abrasion superficielle pour amincir le test jusqu’à l’apparition de la lumière, s’est soldée par un échec, lorsque la pointe en silex enfoncée en pression dans le test a provoqué l’éclatement du coquillage (Fig. 16).  

 

La fracture du second coquillage n’a pas permis de procéder à la reconstitution du double mode d’agencement proposé par Taborin. Seule l’application 3 parmi les hypothèses de Taborin a été retenue  (Taborin 1993, p. 263) :

·        le lien entre par l’ouverture naturelle, sort à l’extérieur par un orifice, longe la bordure du test, rentre dans le second orifice et ressort par l’ouverture naturelle (Planche 8 : 1, 2, 3).

 

Conclusion

 

On constate que le travail de perforation de ces coquillages au test côtelé, d’apparence fragile, réclame en fait une préparation préalable. La volonté d’exécuter une percussion directe n’est pas opérationnelle sur des coquillages d’une taille aussi réduite, comme le montre notre échec. Le sens « percussion directe » pourrait être attribué, non pas à une action anthropique mais plutôt à l’action marine lors de chocs sur les rochers.

Ces expérimentations apportent une vision plus réaliste que les dessins effectués par Tosello à partir des instructions de Taborin, notamment pour l’espace exagérément élargi de l’ouverture naturelle (Taborin, 1993, p. 263), en réalité très exiguë et orientée latéralement comme le montrent les photos 15, planche 6, et  3, planche 8, ainsi que sa largeur vue de l’intérieur, sur la figure 17.  

 

N.B.

 

Les éléments de parures reproduits (Fig. 17) ont été ajoutés sur un second collier expérimental dont les résultats seront publiés ultérieurement et comparés avec les observations faites sur le premier collier porté au quotidien.

L’activité expérimentale oblige à multiplier les domaines de recherches et les conclusions qui en découlent apportent quelques réponses non négligeables.   

Que cette publication rassure les chercheurs et les pousse à compléter leurs descriptions en toute objectivité !

 

Bibliographie

 

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Borrello M. 2003 : Les parures en coquillages marins des sites néolithiques suisses. Note préliminaire. Annuaire de la Société Suisse de Préhistoire et d'Archéologie 86, 166-177.

 

Cartonnet M. 1991: Réflexion sur la conservation différentielle des coquilles de colombelles utilisées comme parures préhistoriques. Revue archéologique de l'Est et du Centre Est, Tome 42, fasc. 1, Éd. du CNRS, 299-304.

 

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Jorda Pardo J. F. 1982 : La malacofauna de la cueva de Nerja (II) : los elementos ornamentales. Zephyrus  XXXIV-XXXV, 89-98.

 

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Taborin Y. 1993

 : Traces de façonnage et d’usage sur les coquillages perforés. Traces et fonction : les gestes retrouvés, Vol. 50, Colloque international de Liège, Éd. ERAUL, 255-267.

Référence bibliographique :

PAUC P., PAUC A. 2006 :

Problématiques des systèmes d’enfilage des coquilles de Columbella rustica et Trivia europea. R. Tichy (SEA) & R. Paardekooper (EXARC) directeurs, euroREA 3, Society for Experimental Archaeology Hradec Králové, Czech Republic and EXARC, p. 25-30.

 

 

Par Paulette Ricart-Pauc - Publié dans : Archéologie - expérimentations archéologiques - Communauté : photos & préhistoire
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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /Déc /2009 11:07

Conception expérimentale de la pendeloque à ailettes globulaires à partir d’une typologie évolutive

 

Résumé

Le poster, exposé lors de l’hommage à Georges Costantini, résume, sur un premier panneau, les travaux de reproduction des pendeloques à ailettes globulaires, complétés par un élément de parure, plus abouti, doté d’appendices sphériques détachés. Le second panneau regroupe des modèles de l’Aveyron, de la Lozère et de l’Aude, accompagnés de quelques exemplaires espagnols et suisses ainsi qu’un fac-similé en calcite. Il s’agrémente d’une scène picturale imaginative qui s’oppose à la création artisanale actuelle. Il se termine par la liste des références bibliographiques d’où sont tirées les illustrations. 

 

Abstract

The poster was presented during the homage meeting to Gorges Costantini. The first panel summarizes the process of reproduction of pendants with rounded wings, together with a component of a more elaborated jewel with spherical appendix standing out. The second panel brings together examples from Aveyron, Lozère and Aude, with some others from Spain and Switzerland, as well as a facsimile in calcite. An imaginary scene exemplifies the making of a jewel, but it shows inconsistencies with our current knowledge. A list of references, from which the figures are taken from, ends the posters.

 

Resumen

En el póster, expuesto durante el homenaje a Georges Costantini, se resumen en un primer panel los trabajos de reproducción de los colgantes con aletas globulares, completados por un elemento más acabado dotado de apéndices esféricos destacados. El secundo panel recoge unos modelos de Aveyron, de Lozère y Aude, a los que acompañan algunos ejemplares encontrados en España y Suiza, así como un facsímil de calcita. Se complementa con una escena pictórica imaginativa que contrasta con la producción artesana actual. Finaliza con la bibliografía de donde se han obtenido las ilustraciones.

 

INTRODUCTION

 

L’idée de proposer un poster sur la conception expérimentale de la pendeloque à ailettes globulaires m’a semblé inéluctable, dans le cadre de l’hommage à Georges Costantini. Cette présentation succède à un travail de description (Pauc et al. 2005) partiellement utilisé pour la construction du premier panneau. La typologie évolutive aboutit au modèle le plus complexe en mettant en œuvre des techniques tout à fait plausibles. La seconde partie est consacrée aux parures typiquement caussenardes (Costantini, 1990 ; Simanjuntak, 1998), en relation avec les éléments du Narbonnais parmi lesquels se dégage le don conceptuel le plus évolué (Héléna, 1924,1925a, 1925b, 1937 ; Guilaine, 1976-1977).

Quelques modèles espagnols réunissent un exemple de base et d’autres beaucoup plus créatifs (Pascual Benito, 1998). Les exemplaires suisses montrent une certaine performance conceptrice (Ramseyer, 1995). L’œuvre de Zdenek Burian, intitulée « La fabrication des colliers » offre une scène de la vie quotidienne à Dolni Vestonice, en Moravie, au Paléolithique supérieur (Lagardère, 1990). L’expérimentation, par contre, permet d’exploiter des techniques et fournit ainsi des reproductions très proches de la réalité.

 

CONCEPTION

 

La reproduction de pendeloques suisses, en forme de hache, d’Egolzwil 3 et de Pully-Chamblandes, datées de la fin du 5e millénaire av. J.-C. (Wyss, 1994 ; Pauc et al., 2004), précède la création de pendeloques à ailettes (Pauc et al., 2005). Les éléments de parure spatuliformes, anciens, s’éloignent de la typologie de Barge et Bordreuil (1990-1991). Cette forme simple est comparable à l’élément non perforé de la grotte de Sargel à Saint-Rome de Cernon (Aveyron) (fig. 1), aux 3 pendeloques de la grotte des Trois Ours à Seynes (Gard) et à l’élément non perforé de la grotte de la Roquette à Conqueyrac (Gard) (Barge, 1982).

 

 La matière des pendeloques à ailettes du Narbonnais a plus fréquemment été déterminée comme de « L’albâtre calcaire », très rarement du marbre ou, plus simplement, de « l’albâtre » (Héléna, 1924, 1925a, 1925b, 1937 ; Guilaine, 1976-1977). Il s’agit vraisemblablement d’un calcaire métamorphique car l’albâtre, dans le cas qui nous occupe, s’entend au sens des tailleurs de pierre (marbriers) et non au sens minéralogique qui le définit comme une variété de gypse (sulfate hydraté), d’une faible dureté - 2 : rayable à l’ongle - (Foucault et Raoult, 2003). La meilleure façon de différencier ces deux matières est de faire un test à l’acide.

La majorité des reproductions a été réalisée en calcaire métamorphique ou marbre, et occasionnellement en calcite.

Les perforateurs ont été adaptés à la taille réduite des appendices de suspension des pendeloques en forme de hache et des pendeloques à ailettes. C’est la présence de microlithes, à Clairvaux, au Néolithique (Pétrequin et Pétrequin 1988) qui, au départ, a servi de référence. Les perforateurs ont été confectionnés, à partir d’éclats de silex. Les formes les plus caractéristiques sont les suivantes : pointe fusiforme, pointe à pédoncule dégagée par un épaulement unilatéral, pointe à pédoncule dégagée par un épaulement bilatéral. Leur taille a peu varié.

A la fin du 5e millénaire av. J.-C., on trouve des « Dickenbännli » (perçoirs), parmi lesquels on retiendra les microlithes complets (de 1 cm à 0,9 cm de long), associés à des éléments de parures en calcaire et en coquillage (Schlichtherle 1990). Ces parallèles archéologiques dévoilent l’utilisation de microlithes adaptés à la perforation de perles tubulaires dont les dimensions minimales atteignent 6 mm de long et 3 mm de diamètre.

L’évolution typologique des pendeloques à « ailettes » part d’une forme initiale naturelle, brute, passe à une préforme de base à épaulements bilatéraux, évolue différemment vers un modèle plus ou moins élaboré à ailettes étirées horizontalement, relevées ou retombantes, ou bien développant des appendices latéraux bilobés puis transformés en appendices bilatéraux globuleux (Pauc et al. 2005). La métamorphose de la pendeloque se poursuit en créant des appendices bilatéraux sphériques détachés.

 

DU GRAVILLON A LA FORME

 

L’idée créatrice naît dans le gravillon de calcaire métamorphique ou de calcite. Au premier coup d’œil on imagine la forme que l’on pourra en tirer (fig. 2).

A l’aide d’un petit polissoir anguleux en grès, fortement cimenté, on creuse les épaulements par frottement pour dégager l’appendice de suspension (fig. 3, fig. 4).

On fait de même pour la séparation, plus ou moins prononcée, des appendices bilatéraux qui présentent les formes les plus diverses suivant la configuration initiale du gravillon, de l’angle du polissoir et de l’exécution de l’artisan.

 

TECHNIQUE DE PERFORATION UTILISÉE

 

La petite taille de l’élément de parure, la finesse de la matière et l’épaisseur de l’appendice rendent délicat l’exercice de perforation. L’industrie lithique utilisée est tirée de petits éclats de silex retouchés (fig. 5, fig. 6). Le perforateur est coincé à l’extrémité d’une tige en bois fendue, par commodité. La main manipule le petit manche avec beaucoup de légèreté tout en étant très efficace (fig. 7). La partie active de l’outil taraude, d’une part, progressivement la matière. A mi-parcours, ou au-delà, cette opération est reprise sur la face opposée en veillant à ce que le cône de perforation soit bien centré. Effectuer cette dernière tâche sur un appendice de suspension particulièrement étroit exige d’être bien concentré, afin de conserver suffisamment de matière autour de la lumière pour assurer sa fonctionnalité. Cette phase peut se dérouler avant ou après la séparation des lobes.

 

FAÇONNAGE DES GLOBULES

 

L’élément de parure est disponible tel quel (fig. 8), mais l’idée créatrice poursuit son chemin. Le geste machinal pour modifier les appendices bilatéraux est le suivant : les globules sont formés par rotation alternée de leur extrémité sur une plaque de grès tendre, à composante limono-sableuse micacée (fig. 9). Cette action permet de passer d’une ailette anguleuse à une ailette globuleuse en formant une cupule dans la pierre. Les globules sont de taille différente ou, de façon plus améliorée, de même gabarit.

Une ultime étape expérimentale atteint le degré de perfection lorsque les globules de taille analogue, les plus arrondis possible, ont l’apparence de sphères détachées. Cette configuration singulière est obtenue en creusant, avec le tranchant d’un éclat de silex, une gorge à la base de chacune des boules (fig.10, fig. 11).

La confection de ces pendeloques requiert quelques qualités : un bon potentiel de création, une certaine habileté, de l’attention, de la patience, de la persévérance ainsi qu’une excellente acuité visuelle de près.

 

REPRODUCTIONS

 

 De nouveaux cas de figure fournissent les informations suivantes :

·        La figure 12 présente l’évolution à partir d’un gravillon ovale pris dans le sens horizontal (1), la préforme avec un appendice sommital légèrement dégagé et la séparation des appendices bilatéraux peu marquée (2), un premier perforateur utilisé (3a-b-c), un second perforateur utilisé (4a-b-c), un troisième perforateur utilisé pour calibrer la lumière (5a-b), la pendeloque avec l’extrémité des appendices bilatéraux légèrement arrondis (6).

 

·        La figure 13 présente l’évolution à partir d’un gravillon triangulaire (1), la préforme avec un appendice sommital dégagé (2), l’étape suivante avec la séparation des appendices bilatéraux peu marquée (3), puis la séparation des appendices bilatéraux accentuée (4), un premier perforateur cassé en cours d’utilisation (5), un second perforateur utilisé (6), la pendeloque avec l’extrémité des appendices bilatéraux arrondis (7).

 

·        La figure 14 présente l’évolution à partir d’un gravillon ovale pris dans le sens vertical (1), la préforme avec un appendice sommital dégagé (2), l’étape suivante avec la séparation des appendices bilatéraux nettement marquée (3), un premier perforateur utilisé (4a-b), un second perforateur utilisé (5a-b-c), un troisième perforateur utilisé pour calibrer la lumière (6a-b), la pendeloque avec l’extrémité des appendices bilatéraux arrondis (7).

 

La plaque expérimentale en grès tendre a servi à modifier, de façon plus ou moins notable, les appendices bilatéraux des quatre éléments de parure (fig. 15).

 

LES MODÈLES

 

L’ensemble des modèles caussenards (Costantini, 1990 ; Simanjuntak, 1998) comprend des stades de création allant du modèle de base, le plus simple, au modèle à ailettes globulaires de même taille. Les ailettes pointues étirées ne se cantonnent pas au Causse ; le modèle s’infiltre jusqu’aux grottes de la région de Narbonne (Héléna, 1924, 1925a, 1925b, 1937 ; Guilaine, 1976-1977).

Le fait n’est pas isolé dans ces grottes sépulcrales puisque l’on y trouve, entre autre, des parures en jayet, des armatures de flèches en sapin à bord crénelé, des palettes en schiste et le rituel de trépanation plus spécifique au Causse. Il s’agit très probablement d’une zone de contact et d’échanges entre le littoral et l’arrière pays, notamment pour les coquillages servant à la fabrication de parure, et plus particulièrement les rondelles d’enfilage en test de Cerastoderma glaucum dont l’activité de fabrication est bien représentée dans les Corbières (Pauc, 2000).

 

CONCLUSION : DE L’IMAGINATION A LA CRÉATION

La scène imaginée par Zdenek Burian, en 1958, sur « La fabrication des colliers » met au premier plan un homme du Paléolithique supérieur qui exhibe, entre ses mains, un collier de pendeloques à ailettes en ivoire de mammouth (Sauter, 1944), sous le regard de ses proches (Lagardère,1990, p. 43, n° 27). L’artiste représente l’outillage, disposé sur un établi, parmi lequel on distingue très nettement l’instrument principal : une pointe emmanchée. Ce domaine artistique ne saurait être comparé aux travaux expérimentaux incontournables. Dix années d’expérience dans la reproduction de parures les plus diverses m’ont familiarisée avec les matières et les instruments. Les pendeloques munies d’appendices bilatéraux sphériques détachés ont été confectionnées quasi spontanément. Ce serait laborieux de produire les mêmes objets en sculptant des boules avec un éclat de grès, ou un éclat de silex. Cette manière d’opérer me semble incertaine étant donné la petite taille des globules et leur parfaite régularité dans le meilleur des cas.

 

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

 

BARGE-MAHIEU H., BORDREUIL M. (1990-1991) - Révision des pendeloques à ailettes. Le Chalcolithique en Languedoc, ses relations extra-régionales. Archéologie en Languedoc 1990-1991, Colloque international, hommage au Dr Jean Arnal, Saint-Mathieu-de-Tréviers (Hérault) 20/22 septembre 1990, p. 183-204.

 

BARGE H. (1982) - Les parures du Néolithique ancien à l'Âge des métaux en Languedoc, Éd. du CNRS, 396 p.

 

COSTANTINI G. (1990) - Chalcolithique. Parures, Bijoux et accessoires dans l’archéologie aveyronnaise, du Néolithique au 17e siècle, Musée du Rouergue, Guide d’archéologie n° 1, p. 25-45.

 

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GUILAINE J. (1976-1977) - Le Néolithique, le Chalcolithique et l'Age du Bronze. Cahiers Ligures de Préhistoire et d'Archéologie, 25-26, p. 110-350.

 

HELENA P. (1924) -  Matériaux pour servir à l'étude de la Préhistoire du pays narbonnais - Les grottes sépulcrales des Monges à Narbonne. Bulletin de la Commission Archéologique de Narbonne, t. XVI, 1ère partie, p. 1-65, planches 1-7.

 

HELENA P. (1925a) - Matériaux pour servir à l'étude de la Préhistoire du pays narbonnais - Les grottes sépulcrales des Monges à Narbonne (suite et fin). Bulletin de la Commission Archéologique de Narbonne, t. XVI, 2e partie, p. 193-240, planches 8-12.

 

HELENA P. (1925b)  - Les religions énéolithiques du Bas Languedoc d'après les sépultures de la région narbonnaise. Bulletin de la Société d'Études Scientifiques de l'Aude, tome XXIX, p. 100-117.

 

HELENA P. (1937) - Les Origines de Narbonne. Eds. Privat, Toulouse -Didier, Paris, 489 p.

 

LAGARDERE G. (1990) - Peintres d'un monde disparu. La Préhistoire vue par les artistes de la fin du XIXe siècle à nos jours, Musée départemental de Préhistoire de Solutré, 135 p.

 

PASCUAL BENITO J. LL. (1998) - Utillaje óseo, adornos e ídolos neolíticos valencianos, Servicio de Investigación Prehistórica, Serie de Trabajos varios n° 95, Diputación Provincial de Valencia, 358 p.

 

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SAUTER M.-R. (1944) - Essai sur la perle à ailettes. Annuaire de la Société Suisse de Préhistoire, n° 35, p. 118-124.

 

SCHLICHTHERLE H. (1990) - Siedlungsarchäologie im Alpenvorland I. Band 36. Landesdenkmalamt Baden-Württenberg. Kommissionsverlag Konrad Theiss Verlag, Stuttgart, 221 p., 69 pl. 

 

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Remerciements

 Le poster a été réalisé avec à la participation de M. Sylvain Quertelet (Musée de Préhistoire de Solutré) pour l’illustration du tableau de Z. Burian, de M. Jean Vaquer (Centre d’Anthropologie de Toulouse) et Melle Hélène Vergély (EHESS-Toulouse) pour les clichés des colliers exposés dans les musées de Millau et de Rodez, avec l’accord de M. François Leyge et Mme Annie Philippon. Les deux panneaux ont été déposés au Service éducatif du Musée de Millau.

MM. Lionel Cavin et Josep LLuis Pascual Benito se sont chargés de la mise en forme des résumés.

Le cliché de la préforme de la Grotte de Sargel m’a aimablement été fourni par M. Jean-Pierre Serres.

Je dois à M. Patrick Moinat l’apport essentiel de parallèles pour le petit outillage lithique.

Cette note a été soumise à révision à MM. Jacques Coularou et Jean Gascó (Centre d’Anthropologie, Toulouse).

J’adresse mes plus sincères remerciements à toutes ces personnes.

Référence biblio :

PAUC P. 2006 : Conception expérimentale de la pendeloque à ailettes globulaires à partir d’une typologie évolutive. Hommes et Passé des Causses, Colloque de Millau 2005 Hommage à Georges Costantini, Textes réunis par Jean Gascó, François Leyge et Philippe Gruat. Centre d’Anthropologie – Millau,  Archives d’Ecologie Préhistorique Toulouse, p. 315-321.

 

 

Par Paulette Ricart-Pauc - Publié dans : Archéologie - expérimentations archéologiques - Communauté : photos & préhistoire
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